Politique

Les raisons de l’enlisement de la campagne de Benoit Hamon.

Un Candidat fort à gauche, mais « gauche » à l’échelle du pays

Suite à sa victoire du 29 janvier 2017 ; Benoit Hamon est devenu le candidat du Parti Socialiste pour la présidentielle. C’est désormais un nouveau combat qu’il doit mener, plus ardu encore, celui de la campagne présidentielle.

Mais la dynamique n’y est pas, le candidat peine à progresser dans les sondages qui le placent en quatrième position, loin derrière le trio de tête composé par M.Fillon, M. Macron et Mme. Le Pen.

Des raisons diverses ; inextricables pour certaines

Une concurrence féroce dans les médias

En 2017 plus que jamais, une campagne électorale se joue dans les médias ; il faut savoir créer « l’exclusivité » et faire parler de soi.

Hamon cumule les handicaps ; il ne jouit pas de la même notoriété qu’une Marine Lepen ou qu’un François Fillon, mais d’un autre coté il porte une étiquette PS sur le front qui le prive de la fraicheur et de la nouveauté d’un Emmanuel Macron.

Mais au delà du « Potentiel Médiatique » propre aux candidats sus-cités et contre lesquels il ne peut rien, il y a aussi la manière de « faire le buzz » comme on dit de nos jours qu’il soit bon ou mauvais.

François Fillon et les Républicains occupent l’espace aujourd’hui, certes pas pour des raisons flatteuses, n’empêche que toutes les discussions tournent autour de lui et que cette campagne prend la tournure d’un référendum pour ou contre François Fillon.

Emmanuel Macron n’est pas en reste en jalonnant savamment la presse de « bombes médiatiques ». Un coup on compare la colonisation à un crime contre l’humanité, le lendemain on annonce la suppression de la taxe d’habitation : goutte d’eau dans un programme plus vaste, mais vendue comme étant la solution absolue contre la précarité.

 

Je passe sur l’hologramme de M. Mélenchon ou les frasques judiciaires de Mme. Lepen, autant de techniques employées pour exister dans les médias. Si Hamon giflait publiquement un enfant dans la rue peut être ferait il parler de lui ? Nooooon un responsable politique n’oserait pas aller si loin… quoique.

Un jeu d’alliance stérile

Trois semaines… trois longues semaines de tractations politiciennes auxquelles nous avons assisté pour arriver au résultat suivant : le PS s’allie avec les Verts, mais pas avec le Front de Gauche.

Autant je peux comprendre la tentation arithmétique et symbolique qui pousse certains électeurs et le camp de Benoit Hamon a une telle alliance… autant je déplore le temps passé pour un résultat qui était prévisible.

Mélenchon ou le culte de la personne

Le Front de Gauche s’est constitué autour d’une seule et même personne : Jean Luc Mélenchon lui même.

Ce dernier existe médiatiquement et politiquement depuis qu’il a quitté le PS pour dénoncer les dérives droitières de ce dernier.

Alors qu’il a réussi à capitaliser une frange non négligeable de l’électorat, quel intérêt aurait il a changer son fusil d’épaule en reniant son combat de 10 ans ?

Ne lui jetons pas la pierre pour autant car, a contrario, n’aurait il pas été légitime que les Hamon, Montebourg et autre Marie-Noëlle Lienemann quittent le PS bien avant les primaires plutôt que de se lancer dans une fronde floue et déstabilisante pour l’électorat de gauche ?

Les torts sont donc partagés et il paraît impossible en l’état qu’une réconciliation soit envisageable

Jadot ou le non-évènement.

Que les verts soient alliés au PS n’a rien de nouveau. Que le mouvement EELV s’allie avec un frondeur du PS n’a rien de nouveau non plus (on rappellera qu’EELV a justement fait une primaire pour se désolidariser du gouvernement hollande).

Que Yannick Jadot s’allie à Benoit Hamon est un non-évènement. Ce n’est ni une surprise, ni la perspective d’un gain électoral (rappelons que les verts peinent à atteindre 3% aux présidentielles)

Pire encore, ce soutient pourrait devenir un boulet au pied du candidat socialiste qui voit sa campagne brouillée par le message écologiste en donnant l’impression d’un programme 50 % social, et 50 % écologique.

Le Candidat socialiste devra rester prudent, car si les 3 % de Yannick Jadot auraient probablement voté pour lui quoiqu’il arrive ; rien ne prouve que les 15 % de Hamon soient particulièrement enclins à accepter une nouvelle taxe carbone où une somation à l’achat d’une voiture neuve.

Ce sont les électeurs qu’il faut rassembler, pas les personnalités.

En partant du principe que les électeurs potentiels de Benoit Hamon attendent un changement et adhèrent à un programme plus qu’à un calcul arithmétique.

Autant en 2007 ou en 2012, l' »épouvantail Sarkozy » était un argument suffisant pour motiver un grand rassemblement allant de l’extrême gauche jusqu’au Modem ; mais aujourd’hui le contexte est bien différent.

Les électeurs de gauche, déçus du hollandisme, sont perdus entre Mélenchon, Hamon et même Marine Le Pen. La « tambouille politicienne » ne rassurera personne et si Hamon souhaite grimper dans les sondages c’est grâce à son programme, par lui même qu’il doit aller susciter l’envie pour attirer des électeurs.

Un programme, un espoir, mais aussi un impératif de vérité.

Vendre du Rêve c’est dépassé

On a tous entendu dire un jour « On en a marre qu’ils ne tiennent pas leurs promesses » . C’est devenu la phrase toute faite pour répondre à la question « Que pensez vous des politiques ? ».

C’est devenu tellement bateau qu’on l’emploie à tort et à travers sans même que cela ne soit justifié. Par exemple, on peut critiquer Sarkozy et son mandat sur bien des aspects, il n’empêche qu’il a appliqué beaucoup de choses qu’il avait annoncées et bien souvent les déçus sont ceux qui n’ont pas pris la peine de se renseigner sur le candidat avant.

Voila pourquoi aujourd’hui plus que jamais, les candidats crédibles sont devenus ceux annonçant et martelant qu’ils vont bien nous en faire baver ; à la manière d’un Winston Churchill qui promettait « du sang, du labeur, des larmes et de la sueur » – car c’est bien connu, la crise économique que nous traversons est au moins aussi terrible que la seconde guerre mondiale.

Le peuple est méfiant, le peuple n’est pas dupe et toute promesse allant dans son sens est appréhendée avec suspicion (tout comme les bonnes grosses citations apocryphes balancées sur cet article j’espère.)

Le revenu universel ? Plus c’est gros et plus ça passe ?

Le revenu universel est la mesure centrale du programme de Benoit Hamon.

Et dans le même temps c’est aussi celle qui fait le plus crisser des dents. « Comment ? On va dépenser plus de 300 milliards d’un seul coup alors que le déficit est déjà colossal ? C’est la gauche qui va ruiner le pays ! Et puis c’est qui qui paye ? etc etc

Mettons ça sous le tapis et parlons des vrais sujets : M. Hamon vous voulez légaliser le Cannabis ? ».

La Vérité c’est que le revenu universel est une notion bien plus complexe que j’aborderai dans un futur article ; ce qui est sûr c’est qu’il présente des aspects positifs et négatifs sans quoi il y a longtemps qu’il aurait été mis en place.

Benoit Hamon veut porter le projet d’un « futur désirable » ce qui est original en soit et appréciable pour tous ceux qui n’ont pas rejoint le clan des déclinistes déprimés.

Mais ce « futur désirable » doit aussi être un « futur crédible » et en cela le revenu universel présente ainsi quelques inconvénients que Benoit Hamon se garde bien de dire, à tort.

La Suppression des APL, la suppression des Allocations familiales, le durcissement des conditions de naturalisation également etc etc… tant de petites choses qui ne sont pas « de gauche » mais qui nourrissent la concrétisation du Revenu Universel.

Benoit Hamon et son équipe ne rentreront pas là dedans évidemment… trop soucieux de ne pas se mettre à dos une partie de l’électorat de gauche. Ils continuent donc de mettre en avant les points positifs de son programme quitte à passer pour un illuminé doux rêveur.

Le problème étant que, comme dit précédemment, l’électeur français est naturellement méfiant.

Si Benoit Hamon veut remporter l’élection présidentielle il va devoir, tôt ou tard, mouiller le maillot en n’hésitant pas à faire des annonces moins « populaires » afin de sortir du costume démagogique qu’on essaye de lui faire porter.

Si le gain électoral ne sera pas immédiat, il aura au moins le mérite de porter son projet sur la scène médiatique, de faire naître le débat autour de son projet, de l’ancrer dans une réalité et dans le concret.

Pour l’heure, il est difficile de savoir si Benoit Hamon tait volontairement les aspects « repoussoirs » de son programme, par habileté politique ?

Ou bien si, au contraire, il n’a pas réellement l’intention de le mettre en place et qu’il souhaite juste réitérer le « coup » de Hollande en 2012 en nous vendant, uniquement, du rêve.

 

 

 

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