Politique

Le Revenu Universel : utopie irréalisable ou évolution indispensable ?

Depuis des semaines, on entend parler de cette mesure phare du programme de Benoit Hamon, celle lui ayant permis de remporter les primaires de gauche : Le Revenu Universel.

Aux dires des journalistes, des économistes et autres experts ; cette mesure est irréalisable, inapplicable et farfelue, relent d’une gauche ringarde qui conduirait le pays à la ruine.

Ainsi on le snob, on demande au candidat Hamon de l’amender, de le rendre plus crédible, ce qui finit par le dénaturer. Le Candidat Hamon est lâché par plusieurs ténors du parti socialiste qui préfèrent se tourner vers la ligne plus classique, rassurante et conventionnelle de Macron

Le Revenu Universel, un hors sujet ? Ou le vrai sujet ?

Le problème du programme de Benoit Hamon, c’est qu’il ne répond pas aux problèmes inhérents au système libéral mondialisé, qui sont régulièrement soulevés par les économistes : la croissance en berne, le chômage, la compétitivité des entreprise…

Or, pour faire face à ces problématiques suscitées les seuls vrais bonnes solutions viennent de droite ! Plus de flexibilité pour les entreprises, plus de souplesse : les travailleurs sont un outil de travail, la main d’œuvre qu’on doit rentabiliser au maximum pour gagner en productivité.

Notre modèle économique repose sur l’Entreprise, au point que l’on en vient à se demander si l’entreprise est au service de l’homme ou l’inverse. Les entreprises forment le cœur du système libéral, son fondement et sa finalité ; elles sont donc au centre des préoccupations de la plupart de nos responsables politiques.

Pour autant, on est en droit de s’interroger sur ce modèle de développement qui n’est pas exempt de tout défaut ;  après tout le but de l’Entreprise n’a jamais été de réguler ou d’organiser avec bienveillance la vie des individus ; le but premier de l’Entreprise c’est avant tout le profit !

Les libéraux, ces gens tellement cyniques.

Entre ceux de la gauche « sociale-démocrate » et la droite libérale, il n’y a pas tant de différence.

Les sociaux démocrates soutiendront une politique libérale « soft » avec quelques ajustements, des « protections sociales » qu’on met en avant comme « gage social », avant de les détricoter peu à peu car plus le temps passe et plus on se rend compte que ça enraille la machine libérale.

Pour les libéraux de droite assumés en revanche, on hésite pas à aller toujours plus loin vers plus de libéralisme en proposant des programmes toujours plus à droite ; avec la promesse de jours meilleurs grâce à la théorie du ruisselement. Cette théorie qui veut que plus nous sommes productifs et compétitifs, plus nous produisons de richesse : condition sine qua non pour qu’il puisse y avoir la moindre redistribution.

Sauf que dans les faits, la redistribution pour les classes populaires n’arrive jamais car cela marquerait un frein à notre compétitivité ; or la concurrence étant toujours plus féroce dans un marché mondialisé, il n’y a jamais de bons moments pour faire de la redistribution.

C’est pourquoi l’écart entre les pauvres et les classes aisées ne cesse d’augmenter. Le peuple doit consentir à toujours plus d’efforts et de sacrifices. Ainsi l’espoir d’une vie meilleure s’éloigne pour tous ceux « ayant raté le train du libéralisme ». Pendant ce temps là, les gens les plus riches continuent de réaliser des super-bénéfices records.

Une autre approche : le Revenu Universel

De Hollande à Fillon, il y a donc une sorte de consensus sur le modèle économique du pays, l’acceptation du libéralisme et de la mondialisation.

Entre ces deux là ne subsistent que différences « sociétales », ainsi que des nuances sur le calendrier des réformes économiques. Plus ou moins d’austérité… mais jamais encore assez.

Par exemple lorsque Sarkozy repousse à 62 ans l’âge de la retraite en 2010, Hollande ne revient dessus que partiellement en 2012 alors que Fillon promet de la repousser à 65 ans.

Du coup on en arrive à un affrontement stérile entre deux camps artificiels qui sont plus en désaccord sur des détails que sur le fond. C’est en partant de ce constat qu’un candidat comme Emmanuelle Macron a pu tirer son épingle du jeu. En se plaçant au centre, ni de droite, ni de gauche… où plutôt d’une droite libérale assumée sans avoir besoin d’aller chercher des marqueurs sociétales d’extrême droite.

Le PS doit donc se réinventer pour recréer un vrai clivage

Et c’est là que Benoit Hamon propose le Revenu Universel. L’originalité de ce programme c’est qu’elle propose une philosophie, un mode d’organisation structurel de notre société radicalement différent de ce qu’on a connu jusqu’à présent.

L’idée étant que l’Etat, plutôt que d’être dévoué à l’entreprise et à l’économie, se dévoue au peuple. Ainsi il y aurait un revenu d’existence censé permettre à chaque individu sans condition de ressource, de pouvoir disposer d’une somme d’argent pour subvenir à ses besoins primaires.

Sans rentrer dans le détail car ce n’est pas le but de cet article, je ne peux que m’étonner face aux regards suspicieux et méfiants de nos hommes politiques et des médias.

En effet, dans un pays qui prône les droits de l’homme, où les bons sentiments et où les vertus du « vivre ensemble » sont mis en avant, on pourrait s’attendre à de la bienveillance lorsqu’un projet vise à assurer à tout le monde le minimum vital !

Chaque année on nous invite à donner pour le téléthon, on repasse avec nostalgie les images de Coluche créant « les restos du coeur » , on nous explique le triste sort de ces sdf qui meurent de froid dans nos rues chaque hiver et nos hommes politiques (de gauche comme de droite) nous expliquent qu’ils font tout leur possible pour aider ces gens.

Ainsi, en façade on a la sensation que l’Etat, que les pouvoirs publiques étaient au service des concitoyens et que la presse était là pour pointer du doigt les problèmes de notre société.

Hamon n’a jamais donné de chiffre précis, de méthode de financement où de grandes explications sur la mise en œuvre de son programme ; pour la simple et bonne raison que le revenu universel n’est pas une simple « prime à la pauvreté » qu’on va donner à certains avant d’aller contre balancer par quelques points supplémentaires de TVA.

Non le revenu universel, c’est toute une philosophie de société qui voudrait qu’on ne laisse pas un de nos concitoyens crever de faim ou de froid dans la rue. Il impliquerait de repenser tout le système fiscal bien sur ; moins d’aides pour les uns, plus d’impôts pour les autres, des ajustements qui seraient certainement impopulaires (et sans doute Benoit Hamon aurait du les lister clairement pour ne pas donner le sentiment d’être un affreux démago) ; mais qui seraient nécessaires pour qu’à la fin on arrive au résultat d’un revenu universel pour chaque français lui permettant d’avoir un toit et de quoi manger à sa faim.

Ce qui serait intéressant aujourd’hui, c’est de retourner la question aux détracteurs du revenu universel, M. Collomb, M. Bayrou, M.Fillon ou M. Hollande :

  • « En rejetant le projet du candidat Hamon, êtes-vous en train d’admettre qu’il est normal que certains de nos concitoyens ne touchent pas le minimum syndical pour survivre ? »
  • « Considérez vous qu’un citoyen qui ne travail pas n’a pas le droit de vivre ? »

Car ce sont là les véritables questions posées par la problèmatique du Revenu Universel et c’est aussi là qu’on voit la formidable hypocrisie de ceux qui nous gouvernent.

Que notre voisin, nos amis ou nos proches, estiment que le type en train de faire la manche devant la boulangerie, n’a pas le droit de vivre : c’est une chose.

En revanche, que nos responsables politiques censés défendre l’intérêt de tout les français, puissent penser pareil : c’est problématique dans une république démocratique comme la notre.

Bien sur, aucun responsable politique ne le dira comme ça.

Tous expliquent que le Revenu Universel est un frein au travail, or le travail est le moteur de l’économie et c’est ce qui permet de créer la richesse qui sera redistribué etc etc… (voir plus haut).

On est d’accord ! Sauf que si le système actuel était si bon et qu’il fonctionnait aussi bien alors logiquement jamais le système du Revenu Universel n’aurait pu être mis sur le tapis !

Il y a des problèmes de pauvreté dans notre pays, amenant à ce qu’un des principaux candidat à la présidentiel porte un projet de cette nature.

Qu’on s’interroge sur les conditions de son application c’est normal. En revanche ce qui l’est moins c’est qu’on le rejette par principe, pour son infaisabilité et son caractère utopiste car, encore une fois, la philosophie de ce projet n’est pas de donner 1000, 2000 ou 3000 € à tout le monde d’un seul coup en claquant des doigts.

Non le projet du revenu universel c’est une vision, un principe qui consiste à dire que dorénavant, la mission prioritaire de l’état c’est de s’assurer que les citoyens puissent vivre en bonne santé avec le minimum pour subvenir à leur besoin primaires quelque soit leur situation.

Lorsque des responsables politiques rejettent l’idée même du Revenu Universel pour son infaisabilité, c’est qu’ils constatent publiquement leur impuissance :

  • soit un aveu de faiblesse
  • soit l’aveu d’un désintérêt pour la grande précarité dans le pays.

 

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