Politique

Benoit Hamon, est-il trop gentil ?

A en croire les sondages, il semblerait que la campagne de Benoit Hamon patine : pris en étau entre Emmanuelle Macron et Jean-Luc Melenchon, le candidat officiel du Parti Socialiste baisse dans les intentions de vote en glissant lentement vers la barre des 10 %.

La situation est d’autant plus alarmante que Benoit Hamon plus que quiconque, est soumis à un effet de « vase communiquant » avec le candidat de la France Insoumise : un grand nombre d’électeurs étant partagés entre les deux candidats de la « vrai gauche ».

Doit-il se retirer au profit de M. Melenchon en actant la fin du Parti Socialiste ? Doit-il rebondir en s’imposant comme le candidat de la gauche ?  N’est-il pas déjà trop tard pour réussir un sursaut dans une campagne mollassonne ? Difficile de le dire.

En revanche il est possible d’expliquer les raisons qui l’ont amené dans une situation aussi compliquée.

Plus de démagogie, moins de Pédagogie !

Le candidat du Parti Socialiste a une force et une faiblesse à la fois : c’est son programme.

Tout le monde a bien compris que le programme de Benoit Hamon était orienté très à gauche. Sa mesure phare qu’est le revenu universelle pourrait à elle seule animer entièrement le débat économique tant les arguments pour et contre sont nombreux.

Le problème étant que le camp Hamon croit qu’il est nécessaire de l’expliquer, de le défendre et d’argumenter… Sauf que cela a déjà été fait en grande partie au cours de la Primaire que Benoit Hamon a remporté.

Le candidat du Parti Socialiste a tendance à rester dans une démarche pédagogique ; ainsi l’on a l’impression de l’entendre répéter toujours les même choses concernant la raréfaction du travail, l’évolution de la société, la taxation des robots, etc etc…

Tout cela est bien gentil, sauf que nous sommes entré en campagne présidentielle ! L’heure n’est plus trop à défendre sa légitimité à être candidat… il est temps au contraire de frapper fort pour montrer en quoi chaque mesure venant de la concurrence est une aberration sans nom au travers du prisme de son propre programme qui est forcément meilleur.

Les autres candidats n’hésitent pas à défendre leur programme tout en tappant comme des sourds sur celui du voisin or… on peine à entendre la dénonciation de Benoit Hamon  sur les injustices et les dysfonctionnements du système.

Il veut proposer un avenir désirable ? Très bien… mais en quoi les alternatives de ses concurrents sont mauvaises ? Entre le discours révolté et un brin surjoué façon Cali, et un édito mièvre et mou façon Cambadélis, je pense qu’il y a une marge dans laquelle il faudrait serait bon de s’inscrire

Assumer la Fronde, plutôt que de la subir.

Le vainqueur de la primaire semble avoir oublié d’où il vient, et ce qui lui a permis de l’emporter : son positionnement frondeur à l’encontre du gouvernement et de la frange droitière de son parti, dès lors il devenait le candidat de la belle alliance populaire et non du gouvernement PS.

Certes, il a bien cherché à s’unir avec Melenchon et Jadot ce qui était et habile, tout en « négligeant » l’aile droite du Parti Socialiste.

Hélas c’était loin d’être suffisant ! Si les électeurs de la primaire avaient voulu un candidat de synthèse pouvant rassembler la famille toute entière, ils auraient choisi un candidat plus lisse comme Vincent Peillon, et non pas un candidat incarnant la fronde !

Benoit Hamon n’a pas su saisir ni capter la « colère » qui s’était exprimée par le vote de la primaire ; ainsi il n’aurait pas du hésiter à taper sur le gouvernement hollandais et sur Manuel Valls plutôt que de simplement les ignorer en feintant de ne pas comprendre les défections.

Car, aujourd’hui, la seule image qui reste est celle d’un candidat lâché par une série de déserteurs allant renflouer l’électorat de Macron… sauf que les électeurs de Hamon s’en moquent éperdument : il y a bien peu de chance qu’ils voulaient revoir Manuel Valls ou François de Rugy dans un nouveau gouvernement socialiste.

La mauvaise influence des médias ?

A voir Benoit Hamon s’offusquer des désertions, à le voir donner l’impression qu’il espère encore quelques soutient de ministres ou de François Hollande lui même, le candidat du PS joue le jeu des médias qui font pourtant une mauvaise analyse de la situation.

En effet, les analystes politiques laissent entendre qu’une primaire à gauche se jouerait fort à gauche, mais que le vainqueur devrait être capable de se recentrer pour rassembler son camp.

Ce serait vrai dans une configuration classique bi-partiste, mais pas dans la configuration actuelle où tout va se jouer au premier tour !

Marine Le Pen est quasiment assurée de finir au premier tour, et celui qui se présentera face à elle est à peu près sur de l’emporter. Benoit Hamon pour passer doit devenir le candidat de la gauche et pour cela il ne doit pas hésiter à cogner sur le front national, sur le programme de Fillon  … mais également sur Macron, Hollande et le bilan présidentiel.

Cela se fera avec pertes et fracas, mais c’est la condition sine qua non pour ne pas entretenir une sorte de schizophrénie hypocrite qui le pénalise fortement, où il incarne à la fois un frondeur et un complice du gouvernement sortant. Contrairement à Jean Luc Mélenchon qui ne prend pas autant de gants, lui.

Ce dernier ayant compris qu’il n’y avait qu’un seul électorat de gauche pour deux… et un électorat centriste qui serait pour Macron

Bambi aux pays des requins

  • Trop gentil avec les éléphants du PS qui le poussent à revoir sa copie, avant de se barrer chez Macron.
  • trop gentil avec le gouvernement et un bilan qui ont pourtant déçu à gauche.
  • Trop gentil avec Macron et Fillon, en passant plus de temps à défendre et à justifier son revenu universel pour convaincre, alors que ces derniers se contre-fichent du sort des classes moyennes et populaires ; leurs priorités étant de soigner les capitaux.
  • Trop gentil avec Melenchon aussi, en lui laissant le beau rôle du tribun, en se laissant associer au gouvernement Hollande sans broncher

Benoît, si tu me reçois, sache que pour toi l’électorat de centre c’est mort, tu ne l’auras pas.

En revanche, si tu espères faire un résultat à ces élections, alors il va falloir maintenant, que tu muscles ton jeu afin de reconquérir le cœur de ton électorat de gauche.

 

 

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