Politique

Mélenchon apporte son soutient à Macron !

Quand l’insoumission vire à l’obstination.

Petit rappel des faits

Mercredi 29 mars, nouveau coup dur pour le candidat du Parti Socialiste Benoit Hamon : l’ancien premier ministre Manuel Valls fait un bras d’honneur aux électeurs de gauche en annonçant qu’il voterait pour Emmanuelle Macron.

Le candidat du PS déjà en difficulté dans les sondages, tente une nouvelle fois d’approcher le candidat des Insoumis Jean-Luc Mélenchon qui rejette sèchement la main tendue.

Une main tendue, très maladroitement…

Benoit Hamon enchaine les erreurs dans cette campagne, les maladresses… Comme cette main tendue au leader des insoumis.

« La gauche, pour gagner, doit se rassembler et j’appelle à ce qu’elle le fasse maintenant (…) J’appelle désormais tous les électeurs, ceux qui sont engagés dans la lutte contre les injustices, j’appelle les sociaux-démocrates intimement attachés au progrès social et à la démocratie, mais aussi le Parti communiste, les communistes et Pierre Laurent, les Insoumis et Jean-Luc Mélenchon, à réunir leurs forces aux miennes »

Le problème dans cet appel est qu’il survient au moment où la candidature Hamon se porte mal… et qu’il donne l’impression de vouloir réunir tout le monde autour de sa petite personne.

Ainsi on a le sentiment de voir un candidat déconnecté… Hamon aurait sans doute du employer une formule plus neutre du genre « j’appelle les uns et les autres à ce que nous nous réunissions pour trouver ensemble des solutions etc etc… ».

Pédant, prétentieux ou encore culotté, voila les adjectifs qui caractérisent cet appel.

…maladroite probablement, sincère assurément

On peut reprocher beaucoup de chose à Benoit Hamon sur la forme, mais pas sur le fond de sa démarche ! Après tout ce n’est pas la première fois qu’il tend la main à Jean-Luc Mélenchon.

Souvenez vous au lendemain des primaires, le candidat du PS se mettait déjà une partie de son camp à dos en se tournant vers Yannick Jadot et Jean-Luc Melenchon pour constituer un grand rassemblement de « la vrai gauche ».

A ce moment là le rapport de force était inversé, pourtant le candidat socialiste n’a pas hésité à contrarier une frange importante de son propre parti en se lançant dans ces tractations.

Comment ne pas évoquer non plus, la fronde qu’il a en partie mené durant le mandat de François Hollande, n’hésitant pas là encore à se mettre en danger au sein de son propre parti pour le ré-orienter plus à gauche ?

Il y a donc une forme de continuité et de sincérité dans la démarche de Benoit Hamon qui, comme un certain Mélenchon en 2005, dénonce la dérive droitière du PS.

Le premier cherchant à ré-orienter le parti, quand le deuxième essaye de le détruire.

Mélenchon, Hamon, une lutte d’égo qui remplace la lutte de classe.

Cette élection réserve son lot de surprise : qui aurait pu penser qu’au terme de tant d’années de lutte, Jean-Luc Mélenchon atteindrait son but en poussant le PS au bord de l’explosion ? Qui aurait pu penser en parallèle que Benoit Hamon réussirait à reprendre le contrôle de ce parti qui était à la dérive ?

L’un et l’autre se court-circuitent aujourd’hui car ils ont atteint deux objectifs similaires sur le fond mais différents sur la forme.

Or, l’on peine à comprendre aujourd’hui l’acharnement qui pousse Jean-Luc Mélenchon à s’entêter dans sa démarche.

Ce dernier est un homme intelligent, il sait pertinemment que le PS qu’il combattait hier n’est pas le même que celui d’aujourd’hui aussi l’on peut se demander les raisons qui le poussent à s’acharner sur le cadavre fumant de son ennemie d’hier.

Qu’il rejette la main désespérée tendue par Hamon est assez logique : après tout il a remporté la bataille des gauches et a une dynamique à son avantage.

En revanche le leader des insoumis ne semble pas vouloir tendre sa propre main aux électeurs socialistes et ça c’est plus inquiétant !

Jean-Luc Mélenchon a pris le bourrichon

Il est heureux le Mélenchon, d’entendre la foule clamer son nom.

Néanmoins il ne doit pas oublier que nous sommes en période électorale et que la victoire des idées de gauche devrait primer sur ses intérêts personnels.

Car une fois qu’il sera à la tête de son parti et représentant suprême et incontesté de la gauche… quid des travailleurs qui se retrouveront pendant 5 ans avec Macron ou Fillon au pouvoir ?

Bien sur il aura beau dire qu’il cherche à rattraper Fillon voir même à atteindre le second tour… Mais soyons honnête cet argument ne convaincra que ses militants (d’ailleurs, même les militants de Cheminade vous diront que Cheminade va créer la surprise). La vérité c’est que Mélenchon n’a aucune chance de gagner seul et qu’il le sait

Je ne pense pas qu’on puisse parler comme Hamon l’a fait d’un « plafond de verre » : après tout le candidat socialiste a un programme très à gauche lui aussi et si un plafond de verre existe, il est le même pour les deux.

Néanmoins l’essentiel du réservoir dans lequel Melechon puise ses voix, ce sont les électeurs du Parti Socialiste sur lesquels il s’essuie les pieds actuellement ! Tout ces socialistes qui sont plutôt du coté des frondeurs et qui ont permis à Benoit Hamon de remporter les primaires de la gauche.

Ces électeurs voteraient logiquement pour une alliance PS-Insoumis ; mais voteront-ils pour un Melenchon à la veille du premier tour qui leur demande de laisser Hamon sur l’autel des martyrs ? Melenchon est il prêt à laisser perdre la gauche toute entière pour quelques points de plus sur sa candidature unique ?

La mort du PS, la mort de toute la gauche ?

C’est bien le risque de la position sectaire du leader des insoumis. Ce dernier semble renier le socialisme, le communisme, pour se tourner vers un courant plus inquiétant : l’anarchisme !

Melenchon l’a dit lui même, si il venait à être élu il s’en ira ; or laissez un climat anarchique sur le pays revient à laisser la domination des riches sur les pauvres soit à peu près la même dérive du libéralisme qu’il est censé combattre.

Bien évidemment, tout cela n’aura pas lieu car Melenchon ne pourra pas gagner l’élection avec ce charmant programme… Cependant, il risque de prendre en otage des électeurs pour les dix, voir quinze prochaines années qui continueront d’entretenir l’espoir d’une victoire qui n’arrivera pas.

En parallèle, la « gifle » qu’il met aujourd’hui à Hamon et au PS risque de briser les efforts des frondeurs pour ramener le Parti à la dérive… Ainsi Manuel Valls et Emmanuelle Macron pourront prendre la place laissée libre en constituant leur vaste pôle « social-démocrate » qui deviendra le seul pôle d’une « pseudo gauche de gouvernement » face aux républicains..

La recomposition politique annoncée par Melenchon aura bien lieu mais pas forcément de la manière qu’il l’a anticipé : 2 blocs contestataires aux deux extrémités, un camp libéral conservateur incarné par les républicains, et un camp libéral-soft incarné par Valls et Macron.

Ainsi la gauche tel qu’on l’a connait sera incarné par Macron, voila la raison pour laquelle on peut dire qu’à sa façon… c’est à ce dernier que Jean-Luc Mélenchon apporte son soutient…

 

 

 

 

 

 

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