Histoire·Politique

La Rafle du Vel d’Hiv : quand les politiques instrumentalisent l’Histoire

Dimanche 9 avril, Marine Le Pen était l’invitée de l’émission Grand Jury RTL-Le Figaro-LCI.

Au cours de l’émission cell- ci a créé la polémique en affirmant que la France n’était «pas responsable» de la rafle du Vél‘d’Hiv en 1942 à Paris, au cours de laquelle plus de 13.000 juifs avaient été arrêtés !

Indignations s’élevant de toute part pour dénoncer les propos scandaleux de la candidate du front nationale qui aurait ainsi tenu des propos indignes, révisionnistes et honteux.

Un débat aussi vieux ancien que la seconde guerre mondiale.

N’étant pas un horrible facho révisionniste et antisémite, n’étant pas non plus juif, ni descendant direct d’une famille de déportés, j’ai préféré me renseigner sur la question et y réfléchir objectivement avant de me prononcer pour un « camp » ou pour un autre.

En réalité, la rafle du Vel d’Hiv a eu lieu en 1942, sur le territoire français administré alors par le régime de Vichy :

  • Pour les uns, le régime de Vichy ne représente pas vraiment la France car en se basant sur l’ordonnance du 09/08/44, ils expliquent que la France véritable était la France Libre installée à Londres et fondée par le Général de Gaulle (le gentil)
  • Pour les autres, c’est tout pareil à ceci prêt que le régime de Vichy c’est aussi la France gouvernée par le maréchal Pétain (le méchant) et donc cette même France est responsable de la rafle.

Or, nos présidents successifs aiment à s’enorgueillir du fait qu’une fois élus, ils ne sont plus tout à fait des hommes mais ils deviennent des sortes d’incarnations vivantes de l’Etat-Nation qui peuvent ainsi s’exprimer au nom un peu pompeux de « La France » !

Du coup, si les présidents De Gaulle et Mitterrand ont pu tranquillement dédouaner La France des actes honteux commis durant cette période sombre de l’histoire ; de leur coté les présidents Chirac et Hollande ont pu faire une démonstration de grandeur et de bonté en assumant au nom de La France la responsabilité des horreurs de la guerre, dont la rafle.

Une instrumentalisation honteuse de l’Histoire par le FN.

Ce qui me choque dans cette affaire, plus que les propos de Marine Le Pen, c’est cette faculté qu’ont tout les hommes politiques à vouloir tirer l’Histoire dans un sens ou dans un autre en personnifiant la France comme une chimère.

On cherche à créer une sorte de « roman national » en interprétant l’histoire de tel sorte d’obtenir un effet sur le peuple.

Pour Marine Le Pen, l’idée étant clairement de rendre le peuple fier de La France pour servir sa doctrine patriotique. Ainsi cette dernière explique « qu’on a appris à nos enfants qu’ils avaient toutes les raisons de la (ndlr : La France) critiquer, de n’en voir les aspects historiques que les plus sombres. Je veux qu’ils soient à nouveau fiers d’être Français. »

Pour autant que je m’en souvienne, je n’ai ressenti ni fierté, ni honte de savoir qu’une cinglée nommé Jeanne d’Arc avait parcouru la moitié de la France en entendant des voix pour se fritter avec des anglais avant de de se faire cramer il y a près de six siècles.

Tout au mieux j’ai eu de la peine pour elle en me disant que ça devait pas être rigolo de finir sur un bucher.

Non je tire ma fierté ailleurs, dans ce que je suis, ce que je fais au quotidien et je trouve qu’il serait dangereux de se contenter « d’être français » pour tirer sa fierté. A ce moment là Guy Georges ou Michel Fourniret pourraient être fiers de ce qu’ils ont fait en vantant le « made in france » ?

De l’autre coté c’est pas mieux.

Si j’avais Marine Le Pen en face de moi m’expliquant que je dusse être fier d’être Français car je ne suis pas responsable de la rafle du Vel d’Hiv, je l’enverrai probablement paître en lui expliquant à quel point je n’en ai rien à carrer.

Je n’étais pas né en 1942 et je n’aurai pas le culot d’affirmer comme tout ces imbéciles que j’aurai été dans le bon camp : car je n’en sais strictement rien et c’est toujours facile de porter un jugement sur l’histoire à posteriori.

Cependant, je ne saisirai pas non plus l’occasion, tel un charognard, pour prendre la posture du moralisateur indigné.

Car si déclarer « La France n’est pas responsable de la rafle » est parfaitement insensé ; à contrario le fait de déclarer que « La France est responsable » est tout aussi erroné.

Cela revient à s’asseoir sur toute une partie de l’Histoire, succession d’évènements et de faits qui façonnent par leur enchainement une réalité bien plus complexe.

L’Allemagne Nazi, l’invasion française, la résistance et la collaboration, la France Libre et le Régime de Vichy… ces pages sombres de l’Histoire doivent être étudiées avec recul et objectivité ! Non avec l’idée de s’en servir pour appuyer une thèse idéologique quelconque.

Ceux qui accusent la France d’être responsable le fond dans un esprit de repentance… pour montrer leur capacité à assumer… Mais n’est ce pas dédouaner les individus de leur acte en reportant leur responsabilité sur une notion plus flou d’un être abstrait et symbolique qu’est l’Etat-Nation ?

Le roman national, une foutaise

Citoyen français, né français et résident en France, j’ose le dire clairement : je ne suis pas responsable des souffrances du peuple Juif dans les années 40.

Je n’en tire ni repentance, ni culpabilité, je m’offusque au contraire que certains cherchent à m’associer à cette histoire en bien ou en mal alors que je n’ai commis nul autre crime que de naître ici !

J’ai conscience que l’Histoire de mon pays n’est ni blanche, ni noire ! Elle englobe des gens responsables de choses horribles, tout comme des gens ayant de grand mérite.

J’attends du gouvernement français que celui ci donne une orientation à mon pays pour laquelle je serai fier ! Et je condamne ceux qui cherchent à influencer mon jugement sur moi même en fonction de faits pour lesquels je ne tire ni mérite, ni honte.

Je déplore le fait que certains puissent avoir honte de leur pays ou, au contraire, en tirer une fierté. Ne jouons pas leur jeu en cherchant à façonner un « roman national partisan ».

Au contraire, le rôle de nos responsables politiques est de laisser l’Histoire être raconté tel quel est, en toute neutralité et déchargée de toute connotations émotionnelles.

Car chaque individu, doit être capable de prendre ses propres responsabilités en faisant ses choix et en assumant les conséquences de ces actes.

Si j’étais président et que je devais faire une commémoration pour la Rafle du Vel d’Hiv, plutôt que d’évoquer la responsabilité ou non, de la France.

Je crois que j’orienterai surtout mon discours en évoquant la folie des Hommes qui peut amener chacun de nous à prendre de mauvaises décisions ! Et j’afficherai ma détermination à éviter que pareils actes se reproduisent sur le territoire français.

 

 

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