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DAESH a-t-il déjà gagné la guerre ?

Jeudi 20 avril, aux alentours de 21 heures, la France est une fois encore frappée par un attentat revendiqué par le groupe terroriste DAESH, qui fera une victime parmi les forces de police.

Comme à chaque fois, les médias décortiquent l’information et occupent l’antenne avec ce fait d’actualité ; les politiques passent un par un pour réagir à ce qui vient de se passer, pendant que les réseaux sociaux s’activent pour dénoncer ce drame et s’insurger.

Compassion, tristesse, colère… les sentiments s’emmêlent et se succèdent, mais celui qui l’emporta chez moi ce fut la résignation.

L’objectif principal des terroristes est atteint.

 

Dans terrorisme, il y a « terreur » et il ne faut pas oublier que le but premier de Daesh sur le territoire français n’est pas de conquérir ou d’annexer une partie du territoire comme dans une guerre classique… mais d’instiller la terreur au sein de la population à des fins idéologiques.

On a beau, après chaque attentat, se rassembler pour manifester notre solidarité et condamner unanimement la violence, cela ne sert à rien : DAESH n’a jamais caressé l’espoir de voir le président de la République passer à la télé pour annoncer une reddition…

Bien au contraire, le simple fait de voir le peuple « touché » émotionnellement par un attentat donne la victoire aux terroristes.

L’attentat, une morbide opération de com’

Daesh porte un message idéologique et fanatique ; or, pour porter son message, il a besoin de relais.

Au fond… comme toute association qui défendrait une cause ou une entreprise qui chercherait à vendre un produit, la plus grande difficulté aujourd’hui est de réussir à diffuser le message au plus grand nombre.

Paradoxalement, nous sommes dans une société de « Mass Media » où les sources d’information sont tellement nombreuses et variées qu’aujourd’hui la difficulté n’est pas tant d’émettre une information que de la faire « percer » pour ne pas qu’elle soit noyée au milieu de toutes les autres.

Quand certains manifestent dans les rues ou se mettent en grève pour se faire entendre, les terroristes utilisent le procédé le plus ignoble mais aussi le plus efficace qui soit : le meurtre.

Une complicité collective

Il y a une forme de complicité de la part des médias qui relayent l’information terroriste en priorité avec un empressement et une facilité déconcertante.

C’est grave car, d’une certaine façon, on incite les terroristes au passage à l’acte et même… on le facilite !

Souvenez-vous du World Trade Center, de Charlie Hebdo ou encore du Bataclan : des attentats dramatiques causant la mort de milliers d’innocents et choquant l’opinion publique en deuil.

Or ce qui m’interpelle le plus, c’est de voir que les récents attentats (Londres, Suède, Paris…) sont traités de la même façon par les médias avec des éditions spéciales H-24 alors que le nombre de victimes est pourtant largement inférieur !

Bien sur, à titre individuel, chaque victime a tout autant d’importance et la bienséance nous empêche de dire que tel ou tel attentat est plus grave qu’un autre.

Cependant, on peut s’interroger sur la simplification du passage à l’acte dans la mesure où, aujourd’hui, n’importe quel terroriste peut tuer n’importe qui, n’importe où, pour voir son message relayé dans tous les médias quoi qu’il arrive !

Cette évolution du terrorisme est déconcertante si bien que la réaction des autorités semble en décalage avec la menace. On renforce la sécurité des aéroports, des églises, des écoles ou des bureaux de vote ; sans fin l’on renforce la sécurité de potentielles cibles « symboliques », sauf que les terroristes n’ont plus vraiment besoin de frapper des symboles pour faire parler d’eux et c’est ça le plus dramatique.

A priori, n’importe quel assassinat, en hurlant « Allahu akbar » dans un lieu public, suffira à attirer l’attention de tout un pays sur le message des terroristes.

Les médias, des complices involontaires

En faisant des éditions spéciales à chaque battement de cil d’un terroriste, les médias leur donnent une résonance sans commune mesure : DAESH occupe l’antenne et s’invite tranquillement en plein milieu de la campagne présidentielle.

Il n’y a pas un thème, pas un homme politique, pas une star qui puisse rivaliser avec la mouvance islamique qui s’invite sur les plateaux quand elle le souhaite pour propager son message d’intimidation à travers ses actions.

Cependant il serait trop simple de jeter la pierre aux médias… ceux-ci se défendront avec un argument qui tient la route : le devoir d’informer.

Or, pour informer, les médias ont besoin eux aussi d’une audience ; c’est là tout le problème : si une chaîne d’information choisissait volontairement de passer sous silence un attentat sans « trop » de gravité, elle prendrait le risque de perdre en audience aux dépends d’une source d’information concurrente.

Du coup, à quoi bon diffuser une information plus légère sur un thème banal si personne ne s’y intéresse ? Au fond l’on informe les citoyens en grande partie sur les sujets qui les intéressent.

Ainsi la boucle est bouclée. Le peuple a peur et veut en savoir plus sur le danger terroriste ; donc les médias jouent le jeu en distribuant abondamment de l’information sur chaque attentat ; du coup les terroristes sont confortés dans leur position et continuent leurs actions.

Voila pourquoi cette « guerre contre le terrorisme » ne peut pas vraiment être gagnée, et tous ces hommes politiques qui se disent prêt à mener le combat en renforçant les mesures répressives se moquent de nous.

Concrètement… rien ne pourra empêcher un individu d’en tuer un autre n’importe où et n’importe quand en faisant passer un message de DAESH.

Les deux seules pistes pour lutter efficacement contre le terrorisme qui sévit dans notre pays sont :

  • L’indifférence collective… autant dire que museler la presse et convaincre tout le monde de penser à autre chose risque d’être compliqué
  • La sociologie, comprendre ceux qui deviennent des terroristes et trouver des solutions pour ne pas qu’ils le deviennent. C’est un travail en amont qui ne porterait ses fruits que plus tard.

Mais continuer de faire croire que la sévérité et la répression permettront d’éviter les attentats, c’est de la folie. Tout au mieux ça flatte l’ego et l’orgueil de nos dirigeants, et ça rassure les citoyens un temps… mais dans les faits, il est trop tard car DAESH a déjà acquis la « notoriété » dont ils ont besoin.

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