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Marine Le Pen : Front National ou Front Populaire ?

Ça n’était pas vraiment une surprise, avec plus de 20% des suffrages Marine Le Pen s’est qualifiée au second tour des présidentielles face à Emmanuel Macron.

La réaction fut immédiate, comme en 2002 la plupart des responsables politiques se sont ralliés au candidat d’En Marche pour faire barrage au Front National : c’est le fameux « front républicain ».

Toutefois cela ne prend pas aussi bien qu’en 2002, certains responsables politiques semblent plus réticents à donner une consigne de vote, et la toile s’agite dans tous les sens. Il y a un malaise perceptible au sein de la population, le fameux Front Républicain est ébranlé.

Un affrontement manichéen pas crédible ?

Lorsque l’on écoute les propos des partisans du Front Republicain, l’une des premières choses que l’on note c’est la violence des termes employés contre le FN.

Fascistes, Racistes, Néo-Nazis, Homophobes ; on récite ces termes comme un mantra pour désigner l’ennemi à abattre avec une telle facilité que cela en devient caricatural.

Pourquoi pas pédophiles, assassins et rebuts de l’humanité tant qu’à faire ? J’exagère à peine car on en n’est pas si loin. Ainsi il y aurait d’un coté les forces du bien qui incarneraient la vertu, et de l’autre les forces du Mal.

Bien évidemment la situation est plus complexe que cela et le peuple français n’est pas dupe. Lorsque l’on écoute les interventions des responsables du FN, ou ses sympathisants, on est très loin de l’image qu’on cherche à nous donner.

Prendre deux ou trois néo-nazis lors d’un micro-trottoir n’est certainement pas représentatif des millions de français qui votent FN aujourd’hui par désespoir.

Le camp du Mal !

Certes Marine Le Pen est contre la mondialisation, contre l’Euro et contre l’immigration. Mais si ce programme peut faire peur sur un plan économique on ne peut pas en dire autant sur le plan « humain ». Marine Le Pen prône la préférence nationale, et pas la préférence ethnique.

Si c’était le cas d’ailleurs, il y a fort à parier qu’elle ne serait jamais passée au second tour, or elle réalise des scores toujours plus importants à chaque élection. J’entends dire ici et là qu’avec 40% des sondages qui lui sont favorables au second tour, alors ça voudrait dire que 40 % de la population française serait raciste ?!

Est-ce cela aujourd’hui le « racisme » qu’on combat ? Concrètement il est admissible d’insulter un homme pour sa couleur de peau du moment qu’on ne vote pas FN ? A l’inverse, l’ouvrier qui est dans la précarité, qui est désespéré, broyé par la mondialisation et qui vote FN par dépit devient intrinsèquement raciste ?

De plus, la critique première formulée à l’encontre du FN c’est sa tendance à stigmatiser des catégories d’individus. Mais d’un autre coté, n’est-ce pas de la stigmatisation que d’insulter avec tant de mépris et de violence les millions de français qui votent FN ?

J’avoue être perplexe lorsque je lis les commentaires des uns et des autres… Certes je suis choqué par les propos xénophobes et racistes de certains militants frontistes… Mais d’un autre coté, je suis tout autant choqué d’en voir certains qui se complaisent à traiter de tous les noms, sans aucune retenue, la mère de famille ou le travailleur qui se dit prêt à voter Marine.

L’argument du « FHaine » tombe lorsqu’on se rend compte que le front national est loin d’avoir le monopole de la haine.

Le camp du Bien !

Pour qu’il y ait un camp incarnant le Mal absolu, il faut bien évidemment qu’en face il y ait un camp vertueux.

Or il y aurait beaucoup à dire sur cet UMPS qui joue les évangélistes : entre une partie de la gauche qui renie ses valeurs et se vend au libéralisme d’un coté, et la droite Filloniste marquée par les affaires de l’autre.

Si Macron a su, comme Melenchon et Marine Le Pen, se démarquer des deux partis traditionnels lors du premier tour en incarnant une forme d’alternance ; difficile pour lui au second de ne pas être ramené mécaniquement à l’UMPS qui génère tant de rejet.

Reconnaissons d’ailleurs au candidat d’En Marche une forme d’honnêteté puisque lui même ne se présente pas comme le représentant d’un « Front Républicain » contre les méchants fascistes ; mais comme le candidat des « progressistes » contre « les autres » bien que « le progrès » reste quelque chose de très subjectif.

Ce qui est sûr c’est que pour les classes populaires aujourd’hui, il est très difficile de voir en Macron un héros alors que ce dernier n’a rien d’autre à offrir que la paupérisation et la précarité.

L’ouvrier de chez Whirlpool se fout du racisme, du mariage gay ou des questions relatives au port du voile. Sa priorité c’est de préserver son emploi et son pouvoir d’achat. A partir de ce moment là, on peut comprendre qu’il ait une hésitation avant de voter Macron. La précarité assurée contre l’hypothétique racisme… un pari pas si évident.

L’apparition d’un nouveau clivage

Concrètement, Marine Le Pen et Emmanuel Macron ont tous les deux réussi leur coup qui consiste à créer un nouveau clivage dans la vie politique. En 2002, il y avait un clivage gauche-droite qui fut surpris par l’arrivée au second tour d’un parti marginal, à l’écart.

Aujourd’hui la situation est différente : Manuel Valls et François Hollande prétendent vouloir lutter contre le Front National mais ils ont fait tout l’inverse.

En déplaçant le Parti Socialiste toujours plus à droite, ils ont fini par matérialiser l’UMPS et créer un nouveau clivage politique :

  • d’un coté les forces unies du système qui peuvent être en désaccord sur des détails mais qui se retrouvent sur les grandes lignes libérales.
  • de l’autre, les partisans d’un changement radical de la société.

Evidemment le deuxième camp est hétérogène, au moins autant que le Front National lui même. Avant d’être le camp de la « Haine » comme on voudrait le faire croire, c’est surtout le camp « des colères », légitimes ou non.

Que ça soit Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen ou Christine Boutin, tous ont des positions radicalement différentes mais ils se retrouvent sur l’idée qu’il faille casser un système tenu par des élites mondialisées.

Ainsi le second tour de ces élections présidentielles est une occasion pour la convergence des « populismes », une forme de nouveau Front Populaire contre une caste dirigeante qui devrait l’emporter grâce aux vieilles digues « anti-fascistes » installées dans les années 80 qui sont tenaces.

Mais il ne faut pas se voiler la face, ces digues ne sont pas éternelles, et si Emmanuel Macron fait de la politique comme ceux l’ayant précédé, il y a fort à parier que tôt ou tard ces « digues » finiront par lâcher totalement et qu’une révolution s’enclenche.

Sera-t-elle insoumise ? Marxiste ? Souverainiste ou Nationaliste ? Difficile de le dire tant les premiers tours sont incertains ; ce qui est sûr c’est qu’elle finira par avoir lieu tant qu’on continuera d’élargir la fracture sociale.

 

 

 

 

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