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Présidentielles : la théorie du marchepied de Benoit Hamon se confirme.

Jeudi 9 mars 2017, Benoit Hamon est l’invité de l’émission politique sur France 2 dans le cadre de sa campagne pour le premier tour de l’élection presidentielle.

Au cours de cet entretien, le candidat socialiste attaque longuement le candidat d’En Marche allant jusqu’à qualifier ce dernier de « marchepied pour le Front National ».

Evidemment sur le coup ces propos heurtent une partie de l’opinion, aussitôt la presse s’emballe et accuse le candidat socialiste d’avoir osé comparer Emmanuel Macron avec Marine Le Pen ; c’est bien évidemment un raccourci erroné car ce n’est pas tout à fait ce qu’avait dit Benoit Hamon, mais ça n’est pas grave après tout c’est bien plus facile de créer le buzz à partir d’une phrase choc plutôt que de se lancer dans une réflexion trop pointue.

Pourtant, si la formule a pu heurter les âmes sensibles du politiquement correct, sur le fond elle semble bien se confirmer.

Un FN mis à l’honneur

Tout le projet d’Emmanuel Macron repose sur l’idée qu’il faille refonder la vie politique… le bon vieux clivage gauche droite n’aurait plus lieu d’être. L’opération fonctionne d’autant plus que François Hollande et Manuel Valls ont œuvré au cours des cinq dernières années à brouiller ce clivage.

Ainsi pour le candidat d’En Marche et ses partisans, la gauche c’est Valls dans ses bons jours et la droite c’est Valls qui s’est levé du mauvais pied ; à partir de là (et en mettant sur la touche les 26 % d’électeurs qui ont voté Mélenchon soit Hamon) on comprend aisément que, pour le camp Macron, le vieux clivage n’a plus lieux d’être.

Ainsi le candidat d’En Marche devient le marchepied du FN dans la mesure où ce dernier n’hésite pas un seul instant à installer le Front National comme seule force d’opposition dans le pays.

Emmanuel Macron n’est pas le seul responsable d’ailleurs, soit dit en passant. Benoit Hamon a bien expliqué que selon lui, ce qui faisait le Front National c’était l’alternance stérile à laquelle se livrait notre pays depuis plus de 20 ans.

Chirac, Sarkozy, Hollande, l’idée n’est pas de dire si un tel ou un tel de nos anciens présidents serait complice de Marine Le Pen – il n’est pas ici question de se lancer dans une chasse aux sorcières – mais de faire le constat simple qu’en dépit de ces « alternances » le FN n’a jamais cessé de croître d’où la nécessité de trouver des alternatives.

Benoit Hamon, Jean Luc Melenchon et même François Fillon, les trois hommes avaient cerné le problème et tentaient d’y remédier en proposant des alternatives radicales. Si le deux premiers proposaient une « révolution » écologique et sociale, le troisième n’hésitait à proposer une saignée d’austérité tout autant radicale.

Les projets étaient diamétralement opposés bien sûr, mais ils avaient en commun l’idée qu’il fallait un changement profond et radical pour sortir de la logique libérale molle qui générait tant de frustration de part et d’autre.

Emmanuel Macron est un filou, dans le sens où il a cerné cette frustration des français contre la politique menée jusqu’à maintenant et il l’a déportée contre « les hommes » qui l’ont conduite. Il fustige l’UMPS pour gagner l’élection mais il adhère à sa ligne politique qu’il compte mettre en place, tout en sachant pertinemment que cela va faire grimper le Front National.

Un marchepied assumé et volontaire ?

Qu’Emmanuel Macron refuse de proposer un projet novateur et qu’il se complaise dans la mondialisation telle qu’elle est : c’est son droit.

Il l’a rappelé lui même d’ailleurs, concrètement il n’y est pour rien si il est arrivé en tête des élections et que Marine Le Pen est arrivée en seconde position.

Là où on peut lui en vouloir, en revanche, c’est de ne clairement pas être à la hauteur de la gravité de la situation : si Jacques Chirac en 2002 avait su dresser un Front Républicain face à l’arrivée surprise de Jean-Marie Lepen, allant jusqu’à refuser le débat télévisé d’entre deux tour, Emmanuel Macron n’est pas dans cette logique puisqu’il ne considère pas l’arrivée du FN comme un accident mais comme étant quelque chose de tout à fait normal. Au même titre qu’il est arrivé premier, Marine Le Pen est arrivée en seconde position. Le candidat d’En Marche trouve même le moyen de se vanter de sa première place comme si pour lui tout cela n’était qu’un jeu.

Qu’il y ait 500 000, 1 000 000 ou 2 000 000 d’électeurs pour le FN, cela a une importance capitale pour les courants anti-fascistes mais pas pour Emmanuel Macron qui parle de tout cela comme d’un « jeu » qu’il a remporté et dont il est assez fier.

D’ailleurs, hors de question pour lui de revoir sa copie en faisant des propositions pour attirer les électeurs de gauche ou ceux de la droite ; le candidat d’En Marche se contente de rester droit sur sa ligne et sur son programme qu’il oppose à celui de la candidate bleu marine.

Ce qui est surprenant, c’est que Macron n’hésite pas à placer sur le même ordre toutes les attaques qu’il adresse à Le Pen :

  • Un jour il se rend à Amiens pour critiquer la sortie de l’Euro et le Patriotisme économique prônés par le FN
  • Le lendemain il se rend à Oradour-sur-Glanne pour renvoyer le FN à l’image Néo-Nazie qui colle à ce parti.

Ce qui sème le trouble, Macron souhaite-t-il qu’on s’unisse face à la menace fasciste qu’incarnerait le FN ? Ou bien souhaite-t-il qu’on vote pour lui en adhérant à ses idées sur la mondialisation, le libéralisme sauvage qui détruit tout ?

La vérité c’est qu’on a l’impression que pour Emmanuel Macron, le FN est un parti comme un autre. Communistes, Socialistes, Nationalistes ou Fascistes, pour lui tout se vaut et tout va à l’encontre du libéralisme qu’il chérit.

Aussi si il dénonce le FN comme étant le parti qui exploite la peur, concrètement Emmanuel Macron fait strictement la même chose en exploitant la « peur du FN » qui peut lui permettre d’atteindre son but : gagner pour lui même.

Dans ces conditions, on en revient encore une fois au fameux marchepied décrié par Benoit Hamon.

Macron n’a pas peur du FN, il considère au contraire ce dernier comme le meilleur adversaire possible car c’est face à ce dernier qu’il a le plus de chances de l’emporter. On agite l’épouvantail FN non pas par conviction profonde que la République serait en danger… mais uniquement par stratégie pour récupérer quelques voix lui assurant la victoire.

Ce faisant, Macron démontre qu’il est un homme de son temps en participant à la banalisation du Front National.

Ainsi, le candidat d’En Marche devrait remporter l’élection grâce au soutient massif des Anti-Fascistes, alors que paradoxalement Macron incarne justement cette nouvelle génération qui banalise le Front National en le voyant comme un adversaire comme un autre.

Dans ce contexte on comprend mieux les hésitations de tous ceux qui hésitent à aller voter pour Macron.

« Voter Macron, c’est légitimer Le Pen au second tour. »

 

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