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L’attirance inconsciente de la gauche pour le FN.

Entre la gauche et l’extrême droite, on ne peut pas dire que ça soit une grande histoire d’amour, depuis des décennies ces deux camps se livrent une guerre féroce sur les thèmes du nationalisme, du fascisme et de l’intolérance.

Du coup difficile pour beaucoup de comprendre ce qui se joue aujourd’hui, avec le refus de Jean-Luc Mélenchon de donner une consigne de vote contre Marine Le Pen et la volonté des insoumis d’aller vers un vote blanc soit l’abstention.

Pire encore, 10 % des électeurs insoumis serait prêt à aller glisser un bulletin dans l’urne pour la candidate frontiste. Les médias traditionnels expliqueront que cela est dû en partie au refus de Mélenchon de donner une consigne de vote claire mais en vérité… Jean-Luc Mélenchon a eu le mérite de dire qu’il ne voterait pas FN et sans cela il est fort possible qu’il y aurait eu un report de voix encore plus important pour la candidate frontiste.

Pour autant, les insoumis ne sont pas des fachos en puissance, ni des racistes, ni des parfaits imbéciles ; qu’ils en aient conscience ou non, il y a des passerelles qui existent aujourd’hui entre le Front National et la gauche : la colère, la frustration et la haine ? Peut être… mais pas seulement.

Différences entre la droite et la gauche économique.

C’est toujours très difficile de résumer en quelques mots ce que sont la gauche, et la droite ; néanmoins sur un plan économique on peut faire la distinction suivante : l’Etat Régalien et l’Etat Providence.

Dans le premier, plutôt de droite, le rôle de l’Etat est limité à des fonctions d’ordre public et de sécurité. Dans le second, l’Etat doit prendre une place plus importante dans l’économie en la régulant au travers des protections sociales et d’un système de redistribution des richesses.

C’est pourquoi l’on dira que la gauche a tendance à avoir une politique interventionniste tandis que la droite défendra plutôt une ligne libérale.

La mondialisation rebat les cartes.

D’un point de vue sociéta, et éthique, la mondialisation est une bonne chose à la fois pour la droite et pour la gauche.

La droite libérale voit d’un très bon œil l’ouverture à un marché mondial et au libre-échange qui permettent aux plus privilégiés de décupler leurs profits.

La gauche de son coté se réjouit également de l’ouverture aux autres, au partage des cultures et à la fin des guerres ; en somme tout le monde y trouve son compte à l’exception des nationalistes qui voient ces mélanges d’un très mauvais œil.

Sauf que cette mondialisation idyllique sur le papier apporte un inconvénient de taille : la contrainte extérieure.

La gauche, cocue de la mondialisation

En s’ouvrant à la mondialisation, c’est tout le pan économique de l’idéologie socialiste qui s’écroule. En intervenant dans l’économie pour jouer son rôle de régulateur, la gauche affaiblit l’outil de production français qui est exposé à la concurrence. Ainsi, d’une certaine manière, plus on cherche à réduire les inégalités sur le territoire national et plus on affaiblit en richesse le pays.

C’est ce qu’on vit aujourd’hui, des capitaux qui fuient, des entreprises qui réclament plus de flexibilité et un code du travail qui se détériore. En réalité il s’agit d’une nivellement par le bas car les français, conscients ou pas, sont privilégiés par rapport aux classes populaires d’autres pays plus pauvres.

Les classes populaires en France sont donc prises dans une forme de dilemme, d’un coté elles sont ouvertes aux autres et empathiques vis à vis de la misère des autres ; mais d’un autre coté elles prennent de plein fouet le contre-coup du déclassement social dont elles sont victimes.

C’est humain, pour tout individu, d’être à la fois touché par la famine en Ethiopie ; mais dans le même temps de vouloir défendre sa propre situation et celles de ses propres enfants.

Le croisement des chemins

Le nationaliste ne se pose pas de question ; de toute façon il était déjà pour un repli identitaire du coup la mondialisation n’est rien de plus qu’une offense pour lui.

Pour le peuple de gauche en revanche c’est tout de suite plus compliqué, du coup on se retrouve avec un éclatement assez sévère :

  • Le « bobo » n’étant pas directement menacé, continuera de voir en la mondialisation et l’Europe, un modèle pour sauver l’Humanité toute entière ! Certes, les travailleurs français doivent faire des sacrifices… mais d’un autre coté, cela permet un développement mondial plus intense et pacifiste et qui profite à tous : le fameux « progressisme ». C’est la raison pour laquelle on a aujourd’hui des courants sociaux démocrates qui se disent de gauche, qui se pensent de gauche, mais qui paraissent aux yeux de leur compatriotes comme étant des politiques de droites.
  • La gauche qui souffre, c’est le peuple qui prend de plein fouet le contre-coups de la mondialisation. Non pas qu’il soit raciste, xénophobe ou autre, bien au contraire il voue comme beaucoup une haine à l’extrême droite et au fascisme. Mais d’un autre coté, il est focalisé sur ses propres difficultés, la misère au coin de sa rue, dans son quartier ou son village… Il est sensible à la misère des autres mais avant de s’occuper de ce qui se passe à l’étranger il voudrait qu’on commence par s’occuper de la misère en France.

La constitution d’une passerelle

Contrairement à l’extrême droite, le peuple de gauche peut concevoir l’idée d’une Europe qui protège. Une Europe ouverte, unie et interventionniste en jouant un rôle de régulation dans l’économie. Sauf que cette Europe tarde à venir, on a beau faire des discours sur les bienfaits de cette Europe qui protège, dans les faits les classes populaires n’en voient pas la couleur.

Le seul avantage mis en avant c’est l’Euro et la possibilité d’acheter des biens importés à meilleur prix mais comment convaincre avec cet argument ceux qui ont déjà du mal à remplir leur frigo ?

Le rapport entre les avantages et les désavantages n’est pas le même pour les classes populaires que pour celles qui sont aisées ; du coup l’on arrive à une forme de consensus inconscient entre la gauche et l’extrême droite : le repli sur soi.

Ça n’est pas forcément un repli « identitaire » pour le peuple de gauche, il n’est pas question de chanter la marseillaise en se proclamant patriote à tue-tête. Mais la résignation à l’idée qu’il sera plus facile de mettre en place une politique de gauche à l’échelle nationale qu’à l’échelle européenne ou mondiale.

Revenu universel, protectionnisme, nationalisation des entreprises, toutes ces solutions récemment évoquées par la gauche ont cela de commun qu’elles paraissent envisageables à l’échelle nationale mais hors de portée à l’échelle mondiale. Marine Le Pen et le Front National ne partagent certainement pas les valeurs Humanistes défendues par cette « vieille gauche », néanmoins dans leur combat identitaire les nationalistes marquent un frein à la mondialisation libérale et sauvage ce qui laisse une ouverture pour que l’Etat Français puisse demain redevenir l’état providence et interventionniste contre les inégalités sociales intra-muros.

En conclusion

Ce deuxième tour des élections illustre bien la situation du pays dans laquelle nous sommes : le sentiment fort désagréable de ne pas trop avoir le choix.

C’est en partie vrai car les choix qui s’offrent à nous ne sont pas aussi nombreux et variés qu’on aimerait le penser.

Soit nous continuons sur la voie de la mondialisation qui parait la plus sûre et la plus raisonnable mais à ce compte là il faut bien avoir conscience qu’il n’y aura pas de mondialisation heureuse pour ceux qui sont déjà dans la détresse.

Soit nous mettons un coup d’arrêt à la mondialisation en choisissant le repli, mais un repli fondé sur de mauvaises bases et donc un très mauvais départ pour la société de demain.

Du coup, il ne nous reste plus qu’à mettre à profit ces cinq prochaines années pour préparer un projet solide qui tienne la route.

Dans tout les cas, une chose est sûre, c’est que le peuple de gauche aura bien du mal à déposer un bulletin dans l’urne dimanche prochain.

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