Média

« Aventures » : Web – Série d’un nouveau genre et gros coup de cœur.

Au commencement il y avait les Films…

Quand on regarde certains « blockbuster » cinématographique, on se dit qu’avoir les plus grandes stars hollywoodiennes, un budget faramineux, des effets spéciaux à tomber par terre et une gigantesque campagne de promotion, ne suffit pas toujours pour élever un film au delà du rang de « navet ».

Le mauvais film ne sera pas forcément un échec commercial après tout… il suffit d’exploiter une licence mondialement connue pour attirer dans les salles un public enthousiaste qui viendra acheter un billet les yeux fermés (et qui ferait mieux de les garder fermer pendant la projection sous peine d’assister à un spectacle affligeant de nullité.)

Je ne donnerai pas d’exemples dans cet article car je suis sur qu’on a déjà tous en tête un ou plusieurs films qui entrent dans cette catégorie de navets pour lesquels on ose même plus dire qu’on a été les voir tellement on le regrette encore aujourd’hui.

…puis les séries et les web-séries…

En face du septième art et du septième art et demi (les séries télés) qui s’égarent parfois, il existe une nouvelle forme d’expression audio-visuel qui est en plein essor depuis le milieu des années 2000 : la websérie.

Impossible de toutes les lister et de vous en faire une description en quelques lignes tant le genre est vaste, aussi je vous invite à lire cet article si vous voulez en savoir plus sur les webséries en général.

Si on devait faire un résumé disons que la Websérie est un peu la série « low-cost », faite de bric et de broc par des amateurs inspirés qui utilisent les nouveaux moyens technologiques pour réaliser des fictions sans passer par les systèmes de production classiques. (diffusion des œuvres grâce aux réseaux sociaux par exemple)

Peu de moyens financiers donc, mais pour des résultats loins d’être mauvais ! Bien au contraire même, ces webséries n’étant pas dans une même logique de rendement qu’un film classique, et visant un public plus restreint mais moins exigent sur la forme, souvent elles s’avèrent être de vrais bijoux vidéo-ludiques.

Dans le Visiteur du Futur par exemple, François Descraques, suggère au spectateur toute une histoire autour du voyage temporelle en situant la majeure partie de l’action dans le présent. Nul besoin de mettre en scène des voitures volantes ou autre gadget futuriste pour créer l’illusion, il suffit de quelques effets spéciaux rudimentaire, d’un scénario intéressant et d’un public complaisant pour qu’on assiste à une fiction efficace.

Dans Hero Corp réalisée par Simon Astier, c’est les super-héros de comics qui sont mis à l’honneur dans une fiction tournée en Lozère. Nul besoin d’investir en masse dans les effets spéciaux car l’action se déroule dans un petit village en lozère, et les super-héros sont des retraités qui ont vu leurs pouvoir affaiblis avec le temps…

On est bien loin des blockbuster américains comme Spider-Man ou les X-Men, mais le ton humoristique donné à la fiction et la complicité du spectateur qui se bidonne permettent à la websérie de marcher. On en prend pas « plein les yeux » visuellement parlant, mais on dévore les épisodes tellement on a envie d’en savoir plus sur le dénouement de l’intrigue et les pérégrinations de cette joyeuse équipe de bras cassés.

Les super-héros dans Hero-Corp. Pas super réalistes, mais terriblement marrants.

Et enfin AVENTURES !

Ça aura mis le temps mais j’en viens enfin au sujet de mon article : la Websérie « Aventures » et mon coup de cœur de la semaine.

Pourquoi avoir choisir de traiter le sujet en faisant un historique sur l’évolution du cinéma jusqu’aux web-séries actuels ? Vous allez comprendre.

Au départ, « Aventure » n’est ni une série télé, ni une « web-série », c’est une série de vidéos mise en ligne sur la chaîne You-Tube de Frédéric Molas alias « Le Joueur du Grenier » pour ceux qui connaissent.

Ce dernier est connu notamment pour ses émissions humoristiques de retro-gaming qui lui ont permis de se faire un petit nom dans le milieu des youtubeurs. Un milieu 2.0 à la fois ouvert sur le monde (car présent sur internet) et en même temps limité à un certain public « geek » qui passe plus de temps à surfer dans les recoins du Web qu’à regarder la télévision. Vous n’aurez que rarement l’occasion de voir Cyprien, Norman ou Frédéric Molas dans le 20 H de TF1 et pourtant sur la toile ils sont sans doute plus célèbres qu’Alain Delon pour un public « connecté ».

Les émissions de ces youtubeurs ne sont pas non plus des Websérie à proprement parlé, il n’y a pas de trame narrative entre les vidéos qui peuvent être vu indépendamment les uns des autres, on se rapproche plus du blog ou du billet d’humeur, mais le tout de manière audio-visuel.

Là où ça devient intéressant c’est lorsque Frédéric Molas a eu l’idée de diversifier ses activités en lançant une nouvelle émission avec un nouveau concept : le jeu de rôle sur table.

Un mélange des genres pour un résultat génial

Après avoir tester des vieux jeux vidéos et en avoir fait une émission sur le web, on pourrait penser que le JdG est en total contradiction avec lui même en s’intéressant à l’archaïque jeu de rôle sur table.

Après tout il est question de la forme la plus ancienne du jeu de rôle, c’est l’origine même de tout les dérivés que l’on connaît aujourd’hui : les JCC (Jeu de Carte à collectionner comme Magic), les RPG (Jeu vidéo du type Final Fantasy), les MMORP (World of Warcraft) ou même les livre-jeu (dont vous êtes le héros).

Nombreux sont les supports et types de jeu qui descendent plus ou moins directement du jeu de rôle sur table traditionnel qui lui se compose :

  • d’un « Maître du Jeu » , sorte de narrateur qui donne vie à l’univers dans lequel évolueront les joueurs en gérant le bon fonctionnement de la partie.
  • Des joueurs, ayant une fiche du personnage qu’ils sont censés incarnés, et dont la seule limite dans les choix qu’ils feront est leur imagination.
  • Et des dés, permettant aux joueurs de réussirent ou non les actions qu’ils entreprennent.

La particularité du jeu de rôle sur table, c’est que les interactions entre les joueurs, le maître du jeu et le hasard (les dés) permettent au fil de la partie de créer un récit, comme un conte fantastique dont il est difficile de prévoir le dénouement final.

Un résultat plus que convaincant

A l’arrivée on a un résultat très plaisant, « Aventures » se regarderait presque comme une Websérie. Bob Lennon incarne Balthazar Octavius Barnabé Lennon un demi-démon pyromage ; Frédéric Molas est Théo de Silverberg, un paladin de l’inquisition de l’Eglise de la lumière ; Grunlek Von Krayn est un ingénieur nain pourvu d’un bras robotique et incarné par Nicolas Rochette ; quand à Sébastien Rassiat il incarne le demi-élémentaire Shinddha Kory.

Les quatre aventuriers commencent leur périple dans la forêt d’émeraude, au chevet d’une jeune femme souffrant d’un mal inconnu. Très vite, Mayar le maître du jeu va briefer nos quatre héros en leur demandant à chacun ce qu’ils choisiront de faire.

Ces derniers vont donc décrire les actions qu’ils comptent entreprendre : allumer un feu, préparer une tisane ou bien partir explorer les environs etc etc… ils pourraient même décider de foutre le camp en laissant la jeune femme mourir sur place si ils le voulaient !

Le MJ (Maître du Jeu) poursuivra ensuite à sa guise la narration de l’histoire tout en prenant compte des actions faites par les joueurs qui peuvent réussir ou échouer avec des conséquences plus ou moins importantes pour le déroulement de l’histoire.

Pour peu qu’on adhère un minimum à l’univers du jeu de rôle et aux aspects rudimentaires des production artisanales (webséries), on se prend vite au « jeu » dans la mesure où l’on suit les épisodes d' »aventures » un à un, impatient de découvrir ce qu’il va arriver à nos quatre aventurier en sachant qu’eux même ne le savent pas ; il n’y a que le Maître du Jeu lui même qui en sait un peu plus bien qu’il doive lui même adapter son scénario en fonction des actions des joueurs.

Contrairement à une série classique où l’on peut souvent anticiper les dénouements de la narration ; « Aventures » est totalement imprévisible dans la mesure où, à tout moment, l’histoire peut partir dans tout les sens suite à une proposition farfelue de l’un des joueurs ou bien une interprétation par le maître du jeu d’un jet de dés foiré.

Par exemple dans les séries classiques, on a tous en tête l’exemple de la bombe à désamorcer et du compte à rebours qui affiche une seconde avant d’être stoppé par le héros. Dans un jeu de rôle sur table, si un joueur décide de désamorcer une bombe mais qu’il fait un mauvais jet de dés, alors le MJ n’aura aucun scrupule à narrer l’explosion de la bombe à l’instant même où le « héros » arrive à son niveau.

« Aventures » ne serait rien de plus qu’une partie traditionnelle de jeu de rôle sur table, sans la mise en scène impeccable de l’équipe du joueur du grenier. Générique entraînant, illustrations impeccables réalisées par Sorina Chan, toute la mise en scène est faite pour donner une dimension « épique » du récit ; alors que les interventions des protagonistes et les phases de jeu donnent une touche plus « humoristique ».

Un mélange de genre payant qu’on retrouve par ailleurs dans d’autres Web-Séries à succès. Par exemple dans Hero-Corp, les super héros sont des bras cassés ayant des pouvoirs minables, mais le récit est ponctuellement illustré par des pages de comics qui donnent un regard plus héroïque sur l’histoire.

Ainsi « Aventures » reprend ces codes, les passages « jouées » de la partie sont conviviales, amusants, et donnent clairement envie d’être autour de la table pour partager avec les rôlistes un franc moment de déconnade.

L’équipe d’Aventure en train de jouer

Mais les illustrations entrecoupant les phases de jeu permettent de lier le récit en lui donnant une forme de cohérence et une vision « épique ».

L’un des nombreux dessins apportant la touche « épique » de l’aventure.

Là où « Aventures » est vraiment une série exceptionnelle, ce n’est pas tant pour l’intrigue en elle même (un scénario d’héroïque fantaisie comme il en existe des centaines), que dans sa conception. Les Web-Séries ont déjà démontré qu’il était tout à fait possible de fédérer un public autour d’une histoire sans qu’il y ait forcément de gros moyens financiers et techniques, du moment que l’intrigue est bonne.

« Aventures » pousse cette logique à l’extrême en montrant que l’on peut même se passer des décors, des costumes et des accessoires… du moment qu’on captive le spectateur avec un scénario ludique qui se construit peu à peu devant lui.

Roman, BD, film ou série, chaque nouveau support a toujours eu tendance à « tenir un peu plus la main » du spectateur en limitant son besoin de recourir à « l’imagination ».

On lui facilite la vie en quelque sorte en remplaçant les mots par des dessins, qu’on anime avec toujours plus de réalisme pour en mettre plein la vue au spectateur qui devient toujours plus passif.

Les Webséries vont à contre-courant, comme si les producteurs avaient compris que la guerre des images était perdu d’avance face aux géants américains mais qu’il y avait un public à conquérir qui s’intéressait plus au fond qu’à la forme.

« Aventures » pousse cette logique à son paroxysme en livrant un contenu qui est, par définition, totalement inédit ! Une histoire ludique, avec de l’humour, du suspens, et une touche épique, le tout mise en scène habilement et légèrement afin de laisser au spectateur le plaisir de faire travailler son imagination en même temps que les joueurs.

Nul doute qu' »Aventures » n’aura jamais la même couverture médiatique que le prochain star-wars et que les membres de l’équipe ne décrocheront jamais un oscar.

Et pourtant l’idée en elle même, sur un plan artistique et culturelle, est sans doute 100 fois plus travaillée et riche que l’Episode VII du célèbre space-opéra qui n’est rien de plus qu’un ersatz de l’épisode IV.

 

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2 commentaires sur “« Aventures » : Web – Série d’un nouveau genre et gros coup de cœur.

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