Politique

Les ministres battus aux législatives qui doivent démissionner ? La fausse bonne idée de l’Élysée.

C’est toujours amusant de constater qu’un gouvernement prétendant incarner un renouveau, une nouvelle façon de faire de la politique, n’hésite pas à reprendre des idées venant des gouvernements précédents.

Ça l’est moins lorsque l’idée en question est mauvaise, aussi je fus surpris d’apprendre que la règle édictée en 2007 et reprise en 2012 allait de nouveau être reconduite.

Pour rappel, cette règle stipule que tout les ministres et secrétaires généraux qui perdraient lors des prochaines législatives devraient démissionner de leur poste dans le gouvernement.

Il faut des ministres compétents.

A priori, lorsqu’un premier ministre compose un gouvernement il est censé choisir des ministres en fonction de leurs compétences.

C’est la raison pour laquelle on aime bien afficher des ministres dits « d’ouverture ».

Lorsque Nicolas Sarkozy débauche Fadela Amara en 2007 plutôt connue comme étant une personnalité de gauche, le message lancée c’est qu’en dépit des couleurs politique, le gouvernement d’alors n’hésite pas à aller chercher des personnes pour leurs compétences !

Emmanuel Macron pousse cette idée à son paroxysme en annonçant vouloir dépasser les clivages politiques traditionnels en nommant des ministres de droite, de gauche, du centre et de la société civile. Les mauvaises langues souligneront que cette recherche d’un « équilibre » est en soit une tactique politicienne, mais ne soyons pas suspicieux et admettons que les compétences sont partout et quelles seules motivent les choix du premier ministre à composer un gouvernement de la diversité.

Une étrange définition de la compétence.

A partir moment où l’on nomme des ministres et des secrétaires d’état en fonction de leurs compétences et qu’on met fin à la « tambouille politicienne » et les arrangements des gouvernements précédents ; alors on se demande bien pourquoi cette règle de 2007 revient sur le tapis ?

Les élections législatives sont censées permettre aux électeurs d’une circonscription d’élire un député qui les représentera à l’assemblée nationale, a aucun moment un scrutin législatif n’est censé être une procédure de validation des compétences.

C’est pourtant ce qui va se passer dans les circonscriptions où un ministre est candidat, car si ce dernier vient à perdre alors il devra démissionner de son poste de ministre comme si il n’était pas compétent finalement.

Du coup l’on confère à des électeurs un pouvoir largement supérieur à la normale car ceux ci auront finalement la lourde responsabilité de sauver ou de renvoyer un ministre. Or le chef du gouvernement c’est Edouard Philippe, le premier ministre n’est il pas censé avoir réfléchi avant de distribuer les différents portefeuilles ministérielles ?

En s’en remettant aux législatives pour fixer le sort de certains ministres, ce dernier fait aveu de faiblesse en nommant des ministres qui sont « en sursis » comme si le premier ministre lui même n’était pas sur de la compétence de son équipe.

A moins que la première compétence attendu des ministres soit leur popularité ? Ainsi Edouard Philippe nommerait Bruno le Maire non pas car il aurait la certitude de tenir un bon ministre de l’économie, mais avant tout car il espérerait avoir trouvé quelqu’un d’apte à remporter la première circonscription d’Évreux ?!

Si ce dernier échoue dans sa circonscription alors il démissionnera ce qui montre là toute la limite de la confiance que peut lui témoigner le premier ministre en matière économique.

La démagogie, un marqueur de continuité.

Le plus étonnant c’est que personne ne s’insurge face l’absurdité de cette règle propice à tout les arrangements les plus fumeux de la vieille tambouille politicienne.

Car bien évidemment on ne demandera pas à Bruno le Maire d’aller se présenter en pleine circonscription acquise à la gauche, on ne va pas non plus demander à une nouvelle tête issue de la société civile d’aller jouer sa peau aux législatives.

Non on va mettre en place une stratégie pour essayer méthodiquement de faire gagner une circonscription facile à chaque ministre qui aura jouer le jeu.

Ainsi l’on fait coup double :

  • Non seulement on renforce ses positions à l’assemblée nationale en présentant des ministres qui devraient l’emporter (sans pouvoir exercer directement leur mandat de député)
  • Mais en plus on se donne une pseudo légitimité supplémentaire, car un député-ministre élu, même sans combattre, c’est une manière de mettre le gouvernement en valeur.

Une « manœuvre politicienne » bouffie d’orgueil mal placé, qui donne au peuple le sentiment d’une prise de risque et d’une volonté d’aller dans le sens de la démocratie.

Mais en vérité cette règle populiste est terriblement déplacée et de très mauvais goût.

Car elle prend en otage les citoyens de ces circonscriptions sur qui on met une épée de Damoclès sur la tête : « Si tu fais perdre ton candidat-ministre, tu mets en péril la réussite de ce gouvernement et de la France« .

De plus elle donne une piètre image du premier ministre qui donne l’impression de jouer avec l’avenir du pays : « J’ai un plan pour l’intérêt de la France, une équipe de choc pour La France, mais j’hésite pas à jouer le sort de la France sur une partie de poker.« .

Il faudrait choisir : Emmanuel Macron et son Premier Ministre sont ils si sur de leur programme et si tel est le cas pourquoi créer de l’instabilité politique en mettant les ministres sur la sellette ?

A moins que ça ne soit ça le grand projet d’En Marche ? Aller dans le sens d’une forme de démocratie plus participative ? Mais à ce moment là pourquoi ne pas appliquer cette règle à tout les ministres et les secrétaires d’états ? Et pourquoi mélanger ça aux législatives ? Si on voulait pousser le raisonnement jusqu’au bout alors allons y franchement en lançant des referendum nationaux sur chaque ministre ! Là… ça aurait vraiment du sens.

En conclusion cette décision était absurde en 2007, elle l’était en 2012 et elle l’est de nouveau en 2017. Si la République est En Marche, elle n’hésite pas à reprendre des idées qui ne marchent pas.

Reste à savoir quelle sera la réaction d’un électeur de gauche, qui aurait voté Macron aux présidentielles, et qui serait appelé à voter pour un ministre de droite dans sa circonscription.

Gageons que les prochaines législatives apporteront bien des surprises…

 

 

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