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Les législatives : un résultat plus que contestable.

Avec 350 députés élus et une majorité absolue à l’assemblée nationale, LREM est la formation qui a remporté indubitablement le scrutin des législatives.

Pour les partisans de la majorité présidentielle il n’en fallait guère plus en tout cas pour parler d’une victoire nette, prolongement de l’élection présidentielle et illustration de cette vague « progressiste » qui traverse le pays.

Les français seraient pour beaucoup En Marche, heureux de l’effondrement des vieux partis, du clivage obsolète opposant la droite et la gauche ; ils veulent du changement avec Macron et ils lui ont logiquement donné les plein pouvoirs pour que ce dernier puisse mettre en œuvre sa politique.

Et pourtant, quand on regarde plus en détail ces législatives, il y a de quoi se poser de réelles questions sur la pertinence des résultats.

Une abstention qui pose clairement problème.

Ce n’est pas nouveau à chaque élection, on regarde l’abstention et les votes blancs et nuls, on se dit que c’est bien dommage, puis le camp qui l’a emporté conclut les débats en expliquant qu’il a gagné de manière incontestable car c’est la démocratie.

Sauf que c’est toujours le même problème, on confond la notion de démocratie avec la notion d’élection ; concrètement le terme démocratie vient du grec ancien dêmos  « le peuple », et kratein, « commander », autrement dit : le pouvoir au peuple.

L’élection quand à elle n’est qu’un moyen censé permettre d’arriver à un résultat démocratique, mais ça n’est pas automatique, il faut bien évidemment que les électeurs puissent voter en leur âme et conscience, sans être menacer, influencés… mais avant toute chose il faut surtout qu’ils votent !

Autant on peut s’asseoir sur les votes blancs ou nuls, en expliquant que ceux ayant fait ce choix se sont exprimés mais qu’ils n’ont pas d’avis du coup ils acceptent le résultat quel qu’il soit.

Autant les abstentionnistes ont carrément refusé de se prêter au processus démocratique ce qui, à forte dose, remet directement en cause la légitimité démocratique du scrutin (ce qui n’empêche pas de s’asseoir aussi sur ce chiffre par ailleurs).

Avec 57 % d’abstention soit plus de la moitié des inscrits, il est clair que le scrutin n’a plus aucune légitimité démocratique ; c’est une élection intimiste, entre ceux ayant accepté le déroulement des présidentielles, sans doute du fait qu’ils étaient pour la plupart déjà dans le camp des vainqueurs.

Un écueil à éviter : la représentativité

A l’origine, le rôle de l’assemblée nationale était de représenter le peuple lorsqu’il était question de voter les lois. Il est amusant de constater qu’aujourd’hui c’est strictement l’inverse.

En effet il n’y a pas la moindre adéquation entre la sensibilité politique des votants et le nombre de députés à l’assemblée. Par un habile jeu de découpage territorial, on parvient à influencer le résultat de l’élection en favorisant certains camps en fonction des différentes circonscriptions.

Ainsi, le PCF aura 11 députés contre 8 pour le FN, sauf que le FN recueille 13.20 % des voix contre 2.72% pour le PCF

Le PS et ses alliées avec 9.51 % des voix auront 46 députés alors que FI avec 11.03 % n’en aura que 17.

Dans ce système on voit bien que nos hommes politiques se moquent de représenter le peuple, ils veulent avant tout représenter leur formation dans l’hémicycle et n’hésiteront pas à tout les stratagèmes pour prendre les circonscriptions en otage.

Ainsi, un électeur EELV (par exemple) doit savoir que si il souhaite avoir un député de sa couleur politique, il a plus court de déménager dans le doubs, plutôt que d’aller voter dans sa propre circonscription.

La logique démocratique voudrait qu’un nombre de député soit directement nommé à la proportionnelle des résultats nationaux… Mais cette proposition régulièrement évoquée n’a jamais été tentée depuis 1986 pour une raison simple, tenez-vous bien : car c’était trop représentatif !!

Et oui en 1986, les élections législatives au scrutin proportionnel permirent au Front National de faire entrer dans l’hémicycle 35 députés ce qui effraie la classe politique actuelle qui ne souhaite pas voir trop de frontistes siéger à l’assemblée.

Du coup l’on est dans un véritable casse tête démocratique : comment mieux représenter le peuple à l’assemblée nationale tout en maintenant à l’écart près de 20 % du peuple qui votent régulièrement pour le parti frontiste ? Une situation inextricable où nos élites sont prêt à prendre en considération l’avis du peuple si et seulement si celui ci va dans leur sens.

Plus fort qu’un député godillot, l’assemblée godillote !

Cette assemblée n’est pas légitime démocratiquement parlant mais dans le même temps elle reste dans la continuité des élections précédentes.

Avec 24.01 % des inscrits, Emmanuelle Macron a été élu dès le premier tour des élections présidentielles sans contestation possible (sinon vous êtes un nazi).

Du coup, il semble logique qu’avec 15.39 % des inscrits, on puisse parler pour ses législatives d’un véritable raz-de-marée En Marche.

Les Médias ne se priveront pas en tout cas pour parler de ce jeune président Macron qui semble marcher sur l’eau, qui réussit tout et qui tient tête aux plus grands de ce monde !

Les plus pessimistes se demanderont en revanche, si nous ne sommes pas dans la continuité de ces 10 dernières années avec une crise de confiance dans nos politiques, un désamour profond du peuple ayant poussé la logique du dégagisme à son paroxysme en permettant à Macron de prendre le pouvoir d’un fil.

Un pouvoir qui risque fort d’être malmené au cours des cinq prochaines années, en poursuivant une politique pourtant largement rejetée et dépassée par les enjeux sociaux économiques du pays.

Il ne fait guère de doute que si 57 % des inscrits n’ont pas pris la peine de se déplacer pour aller voter au second tour des législatives, ça n’est pas par engouement pour le projet de LREM mais par résignation face à la tournure des évènements où l’on a clairement eu le sentiment que tout c’est joué sur un premier tour des présidentielles contesté.

Le gouvernement actuel risque fort d’être surpris des réactions populaires qu’engendreront la mise en place de ses premières réformes.

 

 

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