Politique

« Nique la France » : un joli traquenard tendu à une députée FI

Difficile pour le bloggueur que je suis de trouver des sujets d’actualités intéressants dans le contexte actuel : entre François Bayrou mêlé à des affaires pas très nettes et le couple Macron qui voudrait un chien, on ne peut pas dire que l’actualité soit passionnante en ce moment.

Et pourtant en cherchant bien on finit toujours par tomber sur des polémiques croustillantes qui font la joie des spectateurs avides de conneries dont je fais parti.

« Nique la France », manifestation d’un racisme anti-blanc ou simple mélopée un peu engagée ?

Tout commence avec une chanson intitulée « Nique la France » (le lien vers la vidéo), sortie en 2009 dans l’album « devoir d’insolence » du groupe Z.E.P. La chanson dénonce le passé colonialiste de la France, son racisme supposé, le capitalisme etc etc… en somme nous sommes en présence d’une chanson « très » engagée et ancrée fortement à gauche.

Le problème étant que très vite elle provoque l’ire d’une partie de la population car les propos tenus par la chansons sont ponctués de ce fameux « nique la France » qui serait ni plus ni moins qu’une insulte à l’égard de la nation.

L’affaire a été porté devant la justice et aujourd’hui encore le débat reste ouvert :

  • D’un coté il y a ceux qui estimeront qu’on est dans le cadre de la liberté d’expression et que d’autres artistes comme Georges Brassens ou Renaud avaient déjà fait des charges violentes contre la France dans leurs chansons.
  • De l’autre il y a ceux qui estiment qu’il y a des limites à la liberté d’expression et que celle ci ne doit pas être un moyen pour véhiculer des valeurs contraires à la république.
  • Il y a aussi ceux qui se foutent des paroles et se contenteront du magnifique air d’ accordéon.

Moi même j’avoue avoir du mal à me prononcer, autant je pense qu’on peut rire de tout et chanter sur n’importe quoi, autant j’entends l’argument qui consiste à dire qu’on ne pourrait pas diffuser une chanson dans lequel le refrain serait « nique l’Allemagne » ou « Nique les noirs »…

Dans ce domaine la limite entre la liberté d’expression et l’injure est mince et souvent à l’appréciation de chacun. En tout cas la nouvelle députée FI Danièle Obono n’a pas hésiter à trancher en 2012 lorsqu’elle signa une pétition défendant la liberté d’expression du groupe Z.E.P alors même qu’elle n’était pas encore élue.

Les « Grandes Gueules »de RMC se la jouent petits bras.

Le 21 juin 2017, les « Grandes Gueules » de RMC reçoivent la députée sus-citée et n’hésitent pas bien sur à revenir avec elle sur cette histoire (la vidéo du passage en question) en s’indignant qu’elle ait pu signer la pétition.

Bien sur la députée ne se démonte pas et explique qu’elle défend la liberté d’expression sans forcément approuver le contenu de la dite chanson mais c’est déjà trop tard, les grandes gueules font la sourde oreille à ses arguments en faisant le raccourci grossier que Danièle Obono soutient l’insulte elle même à l’encontre de la France.

Jimmy Mohamed, chroniqueur de l’émission n’hésitera pas à dire « Je ne vois pas comment on peut soutenir la liberté d’expression dans une période où l’on veut rassembler[…] ».

Déjà il faudrait nous expliquer en quoi nous serions dans une période où l’on voudrait rassembler plus que dans une autre ? De mémoire je n’ai jamais entendu aucun homme politique annoncer le début d’une ère de scission. Rassemblement par ci, rassemblement par là, c’est le leitmotiv de tout nos hommes politiques sans qu’on en ait jamais de véritables démonstrations.

Et en quoi la censure serait nécessaire dans une période de rassemblement ? C’est une conception bien particulière de Monsieur Mohamed qui confond visiblement le rassemblement avec l’écrasement.

Enfin admettons, le chroniqueur et la députée ont un désaccord sur ce que doit permettre la liberté d’expression.

Après tout pourquoi pas, on pourrait en rester là de toute façon il ne semble pas qu’on veuille aborder plus en profondeur un sujet aussi controversé sur le fond…

…mais non il faut repousser plus loin encore les limites de la bêtise.

« Vive la France et le patriotisme »

Alain Marshall souhaite t’il juste reprendre la main sur son émission en clôturant le débat ? Ou bien cherche t’il à piéger la députée ?

On se le demande lorsque ce dernier appel Danièle Obono à dire « Vive la France ». C’est particulièrement mesquin car la députée l’a déjà dit précédemment, elle ne cautionnait pas forcément les paroles de la chanson.

Si elle est pour la liberté d’expression, elle n’a jamais dit et elle ne dirait certainement pas elle même « nique la France ». Or en lui demandant de dire, à contrario, « vive la France » c’est comme si on attendait d’elle une forme de repentance, qu’elle présente des excuses dues à l’égard de ses fonctions. (C’est un peu comme lorsqu’on dit que tout les musulmans ne sont pas des terroristes… mais quand même…on aimerait bien qu’ils s’expriment pour condamner chaque attentat !)

En disant « vive la France », la députée reconnaitrait presque qu’elle a eu tort de dire « nique la France » or elle n’a eu de cesse de rappeler qu’elle n’avait fait que défendre la liberté d’expression sans vouloir porter un jugement de valeur sur la nation.

En outre, Alain Marshall appuie cette demande sur le fait que Danièle Obono est une députée de la république. Cela sous entend qu’un bon député est nécessairement une sorte de patriote fier de son pays.

Cependant Danièle Obono n’est pas une députée LR ou LREM mais FI, étiquette sous laquelle elle a été élu en toute connaissance de cause par les électeurs. Or, on trouve de nombreux courants que ça soit chez les verts, à gauche ou à l’extrême gauche, qui n’accordent pas plus que ça d’intérêt à la nation française.

Non pas qu’ils la rejettent ou qu’ils la détestent, mais qui se considèrent avant tout comme des être humains habitants du monde et de la planète Terre. La France ne se résume pas aux haineux qui brulent le drapeau français sur la place publique, et ceux qui agitent fièrement le drapeau une main sur le cœur en chantant la marseillaise sous la douche.

Il existe aussi ceux pour qui la nation n’est rien de plus qu’une notion artificielle, un territoire dans lequel ils sont nés par hasard et qui n’ont pas forcément envie de la vénérer comme une chimère.

Dans le cas présent on peut tout à fait comprendre que la députée FI n’ait pas envie de dire « nique la France » ni « Vive la France » mais qu’elle ait néanmoins un avis (qu’on peut entendre et contester) sur ce qu’est la liberté d’expression.

Dommage que visiblement, chez les Grandes Gueules, on analyse tout ça en surface avec un positionnement clairement orienté et qu’on préfère créer des buzz plutôt que d’élargir un peu son esprit.

 

 

 

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