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Hamon quitte le PS : les vrais raisons de son départ.

Samedi 1er juillet 2017, près de 10 000 personnes sont réunis sur la pelouse de Reuilly pour écouter l’intervention du candidat malheureux aux élections Benoit Hamon.

Ce dernier annonce le lancement de son mouvement M1717 , ainsi que son départ du Parti Socialiste auquel il a appartenu pendant près de trente ans.

Si la première annonce était attendue et prévisible, la seconde en revanche n’a pas toujours été comprise que ça soit par ceux qui auraient souhaités qu’il reste, ou ceux qui auraient souhaités qu’il parte plus tôt.

En réalité il y a une vrai cohérence dans les choix fait par Benoit Hamon que je vais tenter d’expliciter dans ce billet.

Benoit Hamon, un gauchiste au sein de son parti.

Benoit Hamon a toujours incarné une ligne très à gauche au sein de son parti à l’instar de Jean-Luc Mélenchon mais contrairement à ce dernier qui quitta le PS en 2008, Benoit Hamon s’efforça de vouloir ramener le PS sur ses valeurs de gauche quitte à endosser l’étiquette de frondeur.

Quitter le PS pour fonder un parti plus à gauche ou rester en son sein pour l’influencer de l’intérieur ? Les deux stratégies se valent et il est bien difficile au fond de savoir laquelle est la mieux. Une chose est sure c’est qu’en restant au PS, Hamon manifestait une volonté de rassemblement le plus large possible au sein de « la Gauche ».

C’est d’ailleurs ce qui s’est vu au cours des primaires de la belle alliance populaire : là où Jean-Luc Mélenchon insista pour une rupture nette et franche avec le PS, Benoit Hamon cherchait à rassembler plus largement, de la FI, jusqu’au PS qui était à priori verrouillé par la primaire.

Un rassemblement allant de Jean-Luc Melenchon à Manuel Valls aurait probablement pu remporter les élections tout en gravitant autour de Benoit Hamon se voulant la « garantie gauchiste » sauf que cette alliance des gauches n’a pas pu avoir lieu :

  • d’un coté par les défections à la droite du PS. Les Vallsistes n’ayant pas hésité à se parjurer.
  • de l’autre, Jean-Luc Mélenchon ayant de sérieux doute sur la viabilité d’une telle association ; et on ne peut lui en tenir rigueur : les faits lui ont donné raison.

A partir de là toute la stratégie de Benoit Hamon tombait à l’eau, ce dernier a bien essayé de rappeler Melenchon une fois passée la trahison de Valls mais c’était insuffisant et trop tard…

Un départ du PS pour céder aux exigences de Mélenchon n’aurait servi à rien d’autres qu’à laisser les dernier socialistes hagards à filer vers Macron. Car le leader de la France Insoumise attire autant qu’il repousse et le laisser seul incarner la gauche aurait été une prise de risque considérable en « marginalisant » cette gauche.

Un départ qui n’a pas de sens ?

Comme vu précédemment, Benoit Hamon ne pouvait pas quitter le PS au cours des élections présidentielles… ça aurait été un très mauvais calcul sur le plan électoral et financier. Mais alors pourquoi le quitter samedi dernier au moment de la création de son mouvement ?

Quel intérêt alors qu’il aurait tout aussi bien pu créer son mouvement au sein du parti socialiste ?

Avant toute chose il faut bien avoir à l’esprit qu’à partir du moment où vous faites 6 % aux présidentielles, et que vous perdez les législatives, il n’y a pas vraiment de bonnes solutions.

Dans un contexte tout à fait normal, la solution de facilité pour Hamon aurait été de se mettre en retrait, un peu comme François Fillon actuellement. Mais le contexte n’est pas normal et Hamon estime, à tort ou à raison, que son score de 6 % ne reflète pas la réalité.

Plus audacieux encore, on peut estimer que sur les différents candidats en lice, Hamon est le seul à avoir réellement fédérer autour d’un projet.

Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, et même Emmanuel Macron ont tout trois bénéficié d’un vent « dégagiste » favorable dans la mesure où ils incarnaient chacun à leur façon une forme de rupture avec la classe politique traditionnel.

l’ex socialiste n’a fait que 6 %… mais on peut voir ça aussi en se disant qu’il a fait 6% en dépit de tout les vents qui soufflaient dans le sens contraire (l’étiquette PS, l’effet casse-noix entre Macron et Melenchon…)

C’est pourquoi ce 1er juillet Benoit Hamon s’est lancé dans une sorte de baroude d’honneur en tentant de capitaliser sur ces 6%.

Son état d’esprit est toujours le même et il garde une certaine forme de cohérence dans la mesure où son intention est toujours la même : fédérer les gauches de la plus extrême à la plus modérée (c’est à dire le PS).

De sa défaite il aura malgré tout tirer des enseignements comme l’impossibilité en l’état de réussir cette union des gauches tout en étant encarté PS tellement le bilan de François Hollande aura dégouté une partie de l’électorat de gauche.

Ainsi, comme il l’a dit lors de l’inauguration de son mouvement, Benoit Hamon n’abandonne pas l’idéal socialiste mais il quitte le parti, afin de pouvoir plus librement servir d’impulsion à la recomposition de cette gauche unie à laquelle il aspire.

Bien sur cela ne sera pas évident, déjà les premiers socialistes ont critiqué ce choix et les insoumis ne se gêneront probablement pas pour dénoncer une manœuvre politicienne.

D’une certaine façon ces derniers auront raison, Benoit Hamon est bel et bien dans la stratégie lorsqu’il rend sa carte ; mais ne nous y trompons pas, la stratégie n’est pas un mal en soit, le plus important c’est l’objectif que l’on cherche à atteindre.

Et pour l’homme aux 6%, si la stratégie est parfois simpliste, grossière et prévisible, il ne fait aucun doute qu’elle est aussi sincère et qu’elle œuvre toujours dans le même sens à savoir : rassembler les forces de gauche pour constituer une vrai force sociale, démocrate et écologiste dans ce pays.

La question étant de savoir si le Mouvement M1717 parviendra à jouer le rôle de trait d’union entre toutes ces gauches ou bien si il ne restera qu’une niche parmi tant d’autre au sein de la galaxie gauchiste.

 

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3 commentaires sur “Hamon quitte le PS : les vrais raisons de son départ.

  1. Pour ma part je considère que la cause principale de notre défaite est qu’une grande partie de l’électorat socialiste, voulant à tout pris faire barrage au FN, a voté dès le premier tour pour le candidat pouvant le mieux regrouper au second tour les électeurs de gauche comme de droite. Face à la peur du FN, le meilleur programme, la meilleur campagne est sans effet. Nous retrouverons ce même problème en 2022, le FN a toutes les chances d’être encore plus fort. Pour gagner en 2022 il faut libérer ces électeurs de la peur, donc convaincre les électeurs du FN de leur erreur. Cela n’est pas possible avec l’étiquette d’un parti qui est discrédité à leurs yeux.

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  2. Je pense quant à moi que c’est une erreur de quitter le PS, bien que je comprenne certaines raisons, mais en ces périodes de « changements de veste » généralisés, la loyauté devient une valeur cardinale, par ailleurs le PS c’est aussi encore des milliers d’élus locaux, des réseaux, des moyens qu’on peut convertir à des idées nouvelles pour leur donner de la force et une assise. Je n’ai jamais adhéré au PS, son attitude vis à vis de son candidat a été « degueulasse », mais il reste une force que Benoît Hamon pouvait faire évoluer mieux de dedans que de dehors. Le coup de Macron a marché une fois en 2017, je ne pense pas qu’on puisse le renouveler en 2022 avec une force nouvelle qui marcherait aussi… 

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  3. Bonjour,

    Je pense pour ma part, que les « vallsistes » ( fort peu nombreux, entre nous soi-dit au PS, sauf peut-être ici ou là dans certaines fédérations ) comme les « soumis » de JLM ne pouvaient plus être rassemblés.

    JLM est parti à la fin 2008: il ne peut revenir. Et ce, d’autant plus qu’il a glané depuis des gens qui n’ont strictement rien à voir avec le PS, ses valeurs comme son Histoire.

    En fait, Benoît Hamon se trompe de stratégie:
    on ne peut recommencer le PS d’Epinay.
    Le Monde a changé, les électeurs du PS aussi. Il y a des jeunes qui sont à 100 lieues du PS.
    Les leaders de cette époque qui en étaient le moteur tout autant que les artisans, aussi.

    *

    Oui JLM comme Macron ont bénéficié du « dégagisme » à gauche, et de gens modérés qui ont rejeté Sens Commun et Fillon.
    Tout comme pour une partie des abstentionnistes de gauche, qui se sont bougés dès le premier tour.
    Pire, lorsque l’on se rappelle les enquêtes d’opinion qui ont démontré comment JLM a aspiré la moitié des voix supposées de Benoît Hamon.

    *

    Il n’est pas dit du tout d’ailleurs, qu’une grande part des électeurs de Macron adhèrent à son projet, si tant est qu’ils aient pu le lire !
    Tout va dépendre en fait, de la politique qu’il va mettre en œuvre dès sa première année de mandat.

    Je vais plus loin encore:
    s’il faut reconstruire un parti, ce doit être avec des personnes neuves ( à l’instar d’EM ! ).
    D’anciens du PS ne pourront jamais faire un tabac…

    Bonne fin de journée,
    Hélène

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