Politique

Comment Laurent Wauquiez va réussir à ranimer Les Républicains.

Suite à l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la république, les analyses de tout bord surgissent pour nous le dire : « c’est la fin des partis traditionnels ».

Il n’y a plus de gauche, ni de droite, à part dans les formations dites extrémistes. Ainsi les partis classiques de gouvernement seraient morts ou en passe de l’être.

Le Parti Socialiste et Les Républicains peinent à exister autrement que par les annonces de défections de leurs membres qui finissent tôt ou tard par rejoindre LREM.

Pas plus tard que la semaine dernière, Gérald Darmanin, Sébastien Lecornu et Thierry Solère annoncèrent leur adhésion à LREM sans même prendre la peine de s’attarder dans AGIR, le micro parti rassemblant les macronistes de droite qui ne s’assument pas totalement.

agir

Une nouvelle déconfiture pour Les Républicains qui semblent avoir du mal à trouver leur place, à occuper un espace politique, pris en étau entre une droite libérale (la galaxie Macronienne) et une droite identitaire (la nébuleuse frontiste).

Pourtant au beau milieu de cette métaphore cosmique, il reste un homme qui semble y croire encore et qui n’est pas prêt de lâcher : Laurent Wauquiez.

Le champion que la droite n’espérait plus !

Député, ministre, puis aujourd’hui Président du conseil régional d’Auvergne-Rhône-Alpes, Laurent Wauquiez a un CV impressionnant qui fait de lui une personnalité de premier plan au sein de sa famille politique.

Son parcours et ses idées très marquées à droite font de lui un favori pour récupérer la présidence des Républicains lors du congrès à venir, mais il n’y a pas que cela : entre la déliquescence du parti et le manque de concurrents sérieux, Laurent Wauquiez semble s’imposer comme étant le seul à être capable de sauver le parti…et le seul qui y croit encore.

Du coup ce dernier a devant lui un boulevard ! Non seulement il devrait devenir le président des Républicains, mais il renoue en plus avec une vieille tradition à droite qui a toujours apprécié le culte du chef.

Nous avons tous en tête la bataille de chiffonniers entre François Fillon et Jean-François Copé qui se ridiculisèrent tout deux en voulant succéder à Nicolas Sarkozy lors du congrès de 2012. Ce fut un tel fiasco qu’à l’arrivée personne n’a jamais vraiment réussi à rassembler son camp.

cope

Laurent Wauquiez a réussi de son coté à passer aux travers des gouttes… gardant sa ligne politique bien à droite, tout en évitant de se mouiller dans les turbulences secouant son parti.

Son retour sur le devant de la scène, alors que le navire LR est en plein naufrage, lui donne des airs d’homme providentiel qui pourraient tranquillement le conduire à 2022.

Wauquiez, en embuscade derrière Macron…

Devenir le chef fort, d’un parti moribond, est-ce un bon calcul ? A priori non, on ne voit toujours pas comment comment Les Républicains peuvent réussir à se démarquer significativement de LREM sans tomber dans l’excès identitaire.

Et pourtant à bien y réfléchir il se pourrait bien qu’un espace se dessine finalement et ça, Wauquiez l’a bien compris.

Tout d’abord il faut avoir à l’esprit que, quand bien même Emmanuel Macron mène manifestement une politique libérale…

ruth.jpg

…il y a toujours de la marge pour plus de libéralisme !  Dans le pays de Blum et de Jaurès, 5 années ne sauraient suffire à détruire tout ce qui fait notre modèle social.

Après tout le programme de François Fillon, n’était-il pas considéré comme plus « dur » que celui d’Emmanuel Macron ?

ruth2

L’idée défendue par les libéraux est toujours la même… si tout va mal dans ce pays c’est à cause d’un système social trop généreux, des français trop assistés qui ne travaillent pas assez et qui coûtent trop chers à nos entreprises qui ont besoin de plus de flexibilité.

En admettant que Jupiter-Macron ne réussisse pas à fédérer le peuple pour saluer les mérites de sa politique – ça reste une éventualité ; il y aura toujours ceux qui penseront que le problème était que ce dernier n’est pas allé assez loin dans ses réformes libérales !

Ramener les congés payés à 2 semaines par an, supprimer la retraite, passer à la semaine de 45 heures ou alors… taxer les chômeurs même pourquoi pas ! Il y a tellement d’idées possibles et inimaginables que la droite pourrait sortir de son chapeau pour « résoudre les problèmes » avec son logiciel de pensées idéologiques.

Concrètement, il suffit à Wauquiez d’attendre que la mécanique Macron se grippe, pour ensuite faire ce qu’il fait de mieux à savoir : aller dans l’exagération et la surenchère. Sans Laurent Wauquiez il n’y aurait à priori plus de filet pour les libéraux qui devraient bien se résoudre à admettre que leur idéologie présente des failles… Macron étant présenté comme la synthèse de ce courant de pensée en France, son échec à la tête de l’état marquerait nécessairement l’obligation de penser un autre modèle.

Et ça le président de région y a bien pensé… il faudra bien quelqu’un en 2022, pour expliquer que tout les maux du pays viennent du fait qu’Emmanuel Macron n’est pas allé assez loin dans ses réformes.

…et en fossoyeur de Marine Le Pen

Si Laurent Wauquiez n’hésitera pas à se montrer encore plus à droite que Macron en terme d’économie pour justifier son existence, il pourra également s’appuyer sur un discours identitaire musclé et sans concessions.

En effet, se montrer trop à droite sur le plan des valeurs jusqu’à présent, c’était prendre le risque de « flirter » avec le front national. Sarkozy a su le faire avec brio pour siphonner les voix du FN. Fillon n’avait pas trop eu accès à ce recours, en raison de ses propres casseroles mais aussi à cause de la méfiance des électeurs du FN : on allait pas leur faire le même coup deux fois.

Sauf qu’entre 2017 et 2022 de l’eau aura coulé sous les ponts… le souvenir de la « manipulation sarkoziste » va laisser place chez les militants FN au souvenir de ce triste débat où Marine Le Pen s’est….hum…comment dire…

Le FN va traverser une crise, et déjà il constate des départs comme celui de Florian Philippot, l’un des artisans de la dédiabolisation du parti.

Il y aura toujours des frontistes à n’en pas douter mais il leur manque désormais l’essentiel : l’espérance d’une victoire.

Je ne dirai pas que le FN est mort pour autant… néanmoins il est peu probable qu’il fasse d’aussi bon score dans les cinq années à venir. Les déçus du front pourraient rejoindre la France Insoumise (pour la colère sociale) ou les Républicains (pour la touche identitaire).

L’avantage étant que les discours de Wauquiez, même si ils flirtent avec les discours frontistes, ne seront jamais diabolisés de la même manière que ceux de Marine Le Pen car après tout… l’étiquette Front National reste un épouvantail politique alors que l’étiquette « LR » est bien plus convenue.

Il a tout compris

En conséquence de quoi, je pense pouvoir dire que Laurent Wauquiez est tout sauf un fou qui s’accrocherait à une ruine… bien au contraire !

C’est un homme politique particulièrement bien avisé, ambitieux et patient ; s’il n’a pas souhaité aller à LREM pour briguer un poste de ministre, ça n’est pas juste par fidélité envers son parti… mais c’est surtout car il aspire à de plus hautes fonctions.

Au cours des cinq prochaines années, il lui suffira de dérouler une ligne bien droitière à tout niveau, tout en laissant tranquillement LREM et le FN se désagréger d’eux même. Une stratégie payante pour le parti de la droite historique, sauf si Emmanuel Macron réussissait à rester populaire après ces 5 années d’exercice du pouvoir – sait on jamais.

ruth3

P.S : Je précise qu’aucun journaliste de BFM n’a été maltraité durant la rédaction de cet article. 🙂

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s