Média·Politique

Le grand perdant de l’émission politique du 30 novembre 2017 : c’est le service public

Quelle joie, de passer une soirée entière à regarder l’Émission Politique.

Quelle joie, d’assister à des débats passionnés et instructifs sur des sujets intéressants.

Quelle joie enfin, de retrouver Jean-Luc Mélenchon qu’on disait pourtant dépressif.

C’est ce que je me disais du moins avant de me taper 2 heures (3 avec « l’after ») d’une tambouille indigeste, d’une émission bâclée avec un niveau de pertinence frôlant celui de la mer.

Non pas que le leader de la France Insoumise était mauvais… ni bon en fait… on ne retiendra de lui qu’un tempérament vif, un caractère fort, et une patience à tout épreuve tant le niveau des débats était creux et vide.

C’est la « ligne éditoriale » comme se plait à le rappeler Léa Salamé dont le charme certain n’aura pas été suffisant pour sauver l’émission du naufrage intellectuel : les français sont des cons ! Pas besoin donc de les amener à réfléchir.

Voilà le triste bilan qu’on peut dresser de cette émission où tout n’aura été que mise en scène stérile et arguments douteux.

Une entrée en matière qui annonce la couleur.

Avant l’arrivée du premier invité, Léa Salame commence par montrer une vidéo terrifiante sur le marché des esclaves libyen avant de poser la question suivante (non moins effrayante)

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Magnifique ! Grand moment de télévision !

En l’espace de 3 minutes la journaliste vient de demander au leader de la France Insoumise s’il était pour ou contre l’esclavage ! Et attention, si il répond qu’il est contre l’esclavage il faut qu’il dise clairement qu’il est pour Emmanuel Macron.

On comprendra bien évidemment que Mélenchon cherche à élargir la discussion qui est plus complexe, ce qui ne manquera pas de gêner la journaliste qui cherchera très vite à changer de sujet.

Elle finira même par être prise à son propre piège lorsque Jean-Luc Mélenchon lui demandera des précisions sur la fameuse « action » du président de la république.

Concrètement, personne n’en sait rien du coup il est assez difficile de débattre sur les moyens que Macron compte mettre en œuvre. Ce qui démontre clairement que le but de cette question était bel et bien de faire choisir au leader de FI, si il était pour l’esclavage ou pour Macron.

Heureusement la deuxième question relèvera le niveau puisque Léa Salamé demandera à Jean-Luc Mélenchon s’il est pour ou contre la libération de la parole de la femme…

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L’arrivée salvatrice de François Lenglet (ou pas)

Soyons honnête, la première partie de l’échange est plutôt intéressante, les deux hommes discutent du programme économique de la France Insoumise et bien qu’ils ne soient pas d’accord l’un et l’autre sur la faisabilité de ce programme, au moins l’échange est constructif.

L’économiste est réaliste, alors que le responsable politique est utopique, ce qui ne veut pas nécessairement dire que l’un a raison et l’autre à tort au contraire.

Jean-Luc Mélenchon semble bien connaître son sujet, et répond à des interrogations que peuvent avoir tout les français avec des raisonnements construits qui reposent aussi sur la volonté qu’on a ou pas d’y croire ; bien inconscient en tout cas celui qui affirmerait avec certitude que ce programme va échouer ou pas.

Puis vient Léa Salamé (pauvre d’elle) qui vient couper court à cette conversation intéressante pour ramener le débat au niveau de la fange.

« Quand vous parlez des riches qui s’enrichissent, vous êtes dedans ? »

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La question n’est pas anodine bien sûr, et fait directement écho aux attaques subies par Jean-Luc Mélenchon au cours de la campagne : un riche est-il bien placé pour défendre la cause des pauvres ?

Cet argument de comptoir, qui consiste à dire qu’une personne riche défendant les pauvres est forcément un hypocrite et qu’elle devrait être disqualifiée du débat.

Le problème étant qu’en devenant un responsable politique et en exerçant des fonctions importantes, alors forcément il y a un enrichissement naturel qui se fait.

Mais depuis quand s’enrichir devrait nécessairement conduire à une remise en cause de ses convictions ? Ce n’est pas parce que certains déterminent leurs choix politique en fonction de leur situation personnel que ça doit être la norme ! Sinon alors forcément il ne resterait plus personne pour défendre les classes populaires au sommet de l’Etat.

L’invité inattendu

Passons rapidement la séquence émotion où Mélenchon va à la rencontre des agriculteurs – ces derniers utilisent du glyphosate, c’est peut-être dangereux (ils n’en savent rien) mais comme ils l’expliquent eux même, ils ont besoin d’utiliser ce produit pour sauver leur gagne pain.

La production aurait tout aussi bien pu choisir d’emmener Jean-Luc Mélenchon chez un grand patron qui nous aurait ému pareil en nous expliquant tout le mal que ça lui ferait à son porte monnaie si FI passait au pouvoir.

Intéressons nous à l’invité inattendu, Philippe Val qui fut longtemps à la tête de Charlie Hebdo. Ce dernier commence par expliquer à Mélenchon qu’il n’est pas là pour le piéger, et pourtant il passera son temps à ça.

Interpellant le leader de la France Insoumise sur les propos de Danièle Obono, puis faisant remarquer que « comme par hasard », on n’entendait pas la France Insoumise s’exprimer sur les violences faites juifs.

Successions de sous-entendu malsains et d’allusions mesquines sur fond de communautarisme, laissant entendre une forme de connivence entre FI et l’islamisme radicale, ce qui crée un malaise palpable sur le plateau.

Prise directe avec l’absurde

Vint ensuite la séquence qui a fini par me convaincre que non, décidément rien ne sauverait l’Emission Politique du naufrage intellectuel.

Accrochez vous bien, Pauline Laigneau, présentée comme étant cheffe de PME, interpelle le dirigeant de la France Insoumise sur sa situation d’entrepreneuse.

Elle est pour le déplafonnement des indemnités prud’hommal car ayant été elle même attaquée en justice par un de ses employées, elle aurait désormais peur d’embaucher !

Évidemment, Jean-Luc Mélenchon lui fait remarquer que si elle a été attaquée c’est qu’il y avait probablement une raison et oui, lui leader de gauche, est pour la protection des salariés.

Sauf que Pauline Laigneau explique avoir gagné aux prud’hommes, du coup c’est le salarié qui était malhonnête (ce qui arrive) et donc cela invaliderait l’argument de Mélenchon.

Mais alors la situation devient assez grotesque, la cheffe d’entreprise est donc en train d’expliquer au leader de la France Insoumise, qu’il faudrait moins de protection sociale car le simple fait qu’un patron puisse être attaqué en justice est un frein à l’emploi ?

Si on élargit le raisonnement, la crainte que j’ai d’être accusé à tort de harcèlement justifierait qu’on arrête de prendre les plaintes pour harcèlement ?

La crainte qu’un restaurateur aurait de voir débarquer les services d’hygiène, justifierait qu’on arrête d’effectuer des contrôles sanitaires ?

Je pourrai sortir une dizaine d’exemple comme cela… en gros la logique revient à dire que ce n’est pas la justice qui pose problème mais c’est l’éventualité d’y être confronté un jour ; et pour éviter cela le mieux à faire est encore de compliquer le droit à chacun d’y recourir.

Belle leçon qui nous est donnée là par le service public.

Puis vint le tour de Laurence Debray, présentée comme une historienne Vénézuélienne, qui va remettre en cause des prises de positions de Mélenchon sur le pays en question, mais comme l’explique le leader de la France Insoumise, ce n’est pas vraiment le sujet pour lequel ils sont là ce soir.

Et quand bien même un débat sur la situation économique du Venezuela aurait un sens, encore faudrait-il qu’il y ait du fond et non pas une série d’affirmations péremptoires lancées par l’invitée sous prétexte qu’elle « connait des gens là bas ».

L’espace d’un instant on a le sentiment que Mme Debray se mue pour incarner à elle seule toute la misère et toute la souffrance du peuple Vénézuélien.

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Et du coup, passée la douleur qu’on a pour elle d’être autant dans un si petit corps, on en vient à se demander si le but du jeu n’est pas de nous prendre pour des cons, une fois de plus, en nous faisant comprendre que Mélenchon a tort ?

Tort sur quoi ? On en sait trop rien… mais si tout le peuple Vénézuélien le dit alors on est forcé d’y croire ? (ou pas).

Voyant que la sauce ne prend pas car l’invité politique refuse de se plier à cette mascarade, les analystes bienveillants concluront en retenant l’attitude de gros macho du leader de la France Insoumise qui aura tourné le dos à une femme !

Le débat de conclusion ? Eh bien y en a pas

Après 1 h 30 d’émission, on peut comprendre que Jean-Luc Mélenchon soit moins frais que la personne arrivant en face de lui, Christophe Castaner, homme à tout faire de l’actuelle majorité.

Ce dernier va assener toute une série d’attaques lors de longs monologues, alternant régulièrement de sujet, ce qui mettra en difficulté le leader de la France Insoumise.

Pas de réflexion, pas d’approfondissement sur quelque sujet que ce soit ; en fait on sent bien qu’à chaque fois que Jean-Luc Mélenchon tente de développer un point sur lequel il a été interpellé, Castaner balaye d’un revers de la main en lançant aussitôt son détracteur sur d’autres sujets.

Si bien qu’on ressort de ce débat avec le sentiment que rien n’a vraiment été traité. Chacun s’accroche à ses certitudes et dénigre l’autre sans qu’il y ait d’écoute. Finalement ce débat synthétisera l’ensemble de cette émission où l’on a l’impression de n’avoir rien appris, de n’avoir fait que survoler les sujets sans avoir jamais cherché à entrer dans le fond.

On retiendra que Jean-Luc Mélenchon est un goujat, un grossier personnage qui n’est jamais content car notre gouvernement réalise de grandes choses. Ah et accessoirement il flirt aussi avec les milieux islamo-gauchistes et antisémites.

Ou alors, que l’Emission Politique était un canular affligeant de nullité.

 

 

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