Politique

Macron : de l’autorité à l’autoritarisme, il n’y a qu’un pas.

Depuis quelques jours, le climat est particulièrement tendu en France ; retraités, étudiants, le personnel hospitalier, les cheminots… on ne compte plus le nombre de foyers de mécontentement au sein de la population face au rouleau compresseur Macronien qui souhaite réformer ce pays coûte que coûte.

Et pourtant dans cette ambiance déjà bien électrique, le gouvernement n’a pas hésité à entamer le démantèlement de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes, avec la mobilisation de 2500 gendarmes depuis lundi dernier.

Dans ces conditions il est difficile de reprocher au gouvernement un manque de courage, lui qui fait preuve d’autorité et de fermeté sur tous les fronts ; et pourtant en y réfléchissant bien, on peut s’interroger sur le sens même du courage en politique.

La France, un pays irréformable

C’est en ces termes que le président de la république a qualifié notre pays, lui qui souhaite au contraire entamer le processus d’une grande et profonde transformation en France.

Avec ce type de discours, Emmanuel Macron entre en résonance avec la campagne de Sarkozy en 2007, qui lui aussi expliquait déjà à l’époque qu’il allait « faire bouger le pays » en contraste avec l’immobilisme passé.

Le problème étant que le peuple français a une tendance naturel au pessimisme, persuadé que la situation actuelle est catastrophique et que les politiques précédents sont responsables car ils n’ont rien fait pour arranger la situation.

Il est vrai qu’à plusieurs occasions on a vu des gouvernements reculer face aux contestations populaires de grandes ampleur : que ce soit les grandes grèves de 1995 avec le plan Juppé, le mouvement contre le CPE de 2006, ou alors on peut remonter plus loin encore avec les manifestations de Mai 1968.

Ainsi on a vu l’émergence d’une frange de la population convertie à cette idée que le monde se scindait en deux avec d’un coté « les progressistes » qui sont pour plus de libéralisme et de capitalisme car ça serait « l’ordre naturel des choses », et de l’autre coté les « peureux »… dans lequel on regroupe tout les mécontents en expliquant qu’ils ont juste peur de l’avenir.

Que vous soyez un cheminot contre la réforme de la SNCF, un écolo contre le projet d’aéroport à Notre-Dame-Des-Landes ou bien juste un automobiliste opposé à la limitation de vitesse à 80 Km, dans tout les cas vous faites partie de cette frange de la population hostile au changement voulu par Jupiter car vous avez peur.

Macron, sage parmi les sages ou juste mégalo complètement inconscient ?

La doctrine de Macron, inspirée par feu Sarkozy, est toujours la même : lancer une réforme avec autorité et foncer tête baissée en jurant de ne jamais fléchir quoiqu’il arrive.

C’est passé avec la réforme des retraites en 2010, c’est passé également en 2017 avec les ordonnances Macron réformant le code du travail.

La recette semble être la bonne car, ils l’ont bien compris, il s’est instauré une forme de lassitude chez les syndicats et les opposants… un sentiment de fatalité.

A quoi bon manifester ou se mettre en grève étant donné que de toute façon à l’arrivé, le gouvernement ne lâchera rien ; ainsi le président de la république adopte la même stratégie aujourd’hui en faisant la « sourde oreille » face à la pression populaire grandissante contre sa politique.

En voyant le résultat aujourd’hui, on en vient à se poser la question de savoir pourquoi, si c’est si simple, les hommes politiques précédents n’ont pas fait la même chose ? Étaient-ils lâches ? Ou juste des menteurs soucieux de se faire élire et avec la ferme intention de ne surtout rien faire ? Peut être… mais peut être aussi nos présidents d’avant avaient-ils compris que reculer pouvait être parfois nécessaire pour éviter un drame ?

Macron se voit comme un chef d’entreprise, PDG d’une « Start-up Nation » comme il se plaît à l’appeler, mais il en oublie qu’il est avant tout président de la République Française et à ce titre, président de tous les français.

A cet égard le président a une responsabilité vis à vis de l’ensemble des citoyens et se doit de veiller à leur sécurité et à leur protection sans quoi on sombrerait dans une dictature totalitaire contraire aux valeurs de notre pays.

Or en multipliant les « passages en force », le président actuel entretient volontairement un climat tendu dans lequel à tout moment il risque d’y avoir des accidents dramatiques. Bien évidemment, le président de la république n’est pas responsable de chaque heurt entre un citoyen en colère et un CRS lors d’une manifestation… néanmoins on peut s’interroger sur sa responsabilité lorsque ce dernier multiplie les foyers de crispation (pour des raisons parfois discutables) en poussant le peuple vers toujours plus de tension et de violence jusqu’au moment où un drame finira par arriver.

Un écart mince entre autorité et autoritarisme.

La nuit du 25 au 26 octobre 2014, un jeune de 21 ans, Rémi Fraisse trouve la mort alors qu’il manifestait contre le barrage de Sivens. S’ensuit une polémique terrible ébranlant le gouvernement de François Hollande et le ministre de l’intérieur Bernard Cazeneuve.

Ce cas nous rappel bien qu’à aucun moment un gouvernement ne peut aller jusqu’à permettre la mort d’un compatriote pour la mise en application d’une politique publique.

Or Emmanuel Macron est prêt à prendre un risque similaire lorsqu’il entame le démantèlement de la ZAD de Notre-Dame-Des-Landes.

Une prise de risque énorme qui certes, reste dans la légalité ; mais n’est-elle pas démesurée par rapport à l’enjeu derrière ?

Rappelons que le projet d’aéroport de Notre-Dame-Des-Landes a été annulé, il n’y a donc aucune importance capitale à récupérer ces 1600 Ha de terrain dans l’immédiat.

Rappelons également que ce dossier remonte à plus de 40 ans, on peut donc difficilement évoquer un caractère d’urgence.

Nous sommes donc dans une situation où le gouvernement prend volontairement le risque de faire des morts au sein de la population pour régler une affaire qui n’est ni importante, ni urgente.

Certains évoquent même une simple volonté pour le président de vouloir faire un exemple avec la ZAD pour envoyer un signal de fermeté aux grévistes de la SNCF.

Nous serions donc en présence d’un président qui, pour son image d’autorité, choisit volontairement de mettre en jeu la vie de ses compatriotes (gendarmes et zadistes), et ce de manière totalement consciente, car tout le monde se souvient encore de la mort de Rémy Fraisse.

Mais le démantèlement de la ZAD n’est pas le seul point où le danger existe aujourd’hui… il faut évoquer également le cas de la SNCF.

Tout les observateurs s’accordent à le dire, la réforme voulue par le gouvernement aujourd’hui n’a rien de cruciale ni de fondamentale ; la volonté du président est avant tout de mettre en avant son image de réformateur en s’attaquant à l’un des plus important bastion de grévistes.

Nous ne sommes pas dans une situation d’absolue nécessité, mais avant tout dans la volonté de faire un symbole car comme dit l’adage, « quiconque parvint à réformer la SNCF, peut tout réformer ensuite ».

Or le gouvernement a décidé de jouer la stratégie de « l’opinion publique », cela veut dire qu’il refuse le dialogue social, qu’il laisse la grève s’installer longtemps et qu’il attend tranquillement que les usagers mettent la pression aux cheminots.

Là encore… on laisse naître de la crispation, de la colère et de la rancœur que ce soit des cheminots qui ont l’impression de ne pas être écoutés, et des usagers qui veulent pouvoir se déplacer librement.

Mais là encore le président n’outrepasse t’il pas ses droits en mettant volontairement en jeu des vies ? Toute cette frustration et cette colère risque nécessairement de se traduire par de la violence entre les cheminots et les usagers mécontents, avec le risque qu’il finisse par y avoir des blessés ou pires.

Ainsi le gouvernement prend tranquillement ce risque en laissant la situation se tendre jusqu’à ce que les cheminots abandonnent… ou qu’il y ait un drame.

L’obstination n’est pas raison

La conclusion de tout cela c’est que nous sommes arrivé dans une situation périlleuse où un homme, est tellement persuadé d’avoir raison, qu’il en vient à prendre des risques inconsidérés pour obtenir gain de cause.

La question n’est pas tant aujourd’hui de savoir si nous sommes pour ou contre tel ou tel réforme du gouvernement, mais surtout d’observer la manière de comment le pays est gouverné aujourd’hui.

Ordonnances autoritaires, et passage en force avec pertes et fracas en dépit des conséquences qui pourraient survenir.

Quand bien même vous iriez faire une gréve de la faim pour défendre une cause juste, que Macron vous regarderait tranquillement mourir de faim pour avoir le dernier mot, après tout pour lui il y a ceux qui sont à la tête de l’état et ceux qui ne sont rien.

Finalement c’est un peu comme une partie de roulette russe où le président appuie sur la gâchette à plusieurs reprises en attendant que le peuple se soumette… soit qu’il tombe sur le barillet chargé.

Mais n’ayons aucun doute sur le fait qu’en cas de morts, le gouvernement aura prévu un communiqué pour expliquer à quel point il ne l’avait pas vu venir et qu’il n’est en rien responsable, après tout…il faut bien que le pays se réforme.

 

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