Média·Politique

Interview de Macron : un pragmatisme à l’épreuve de l’empathie.

Dans un climat social particulièrement tendu, nous étions nombreux hier soir devant notre télévision pour assister à l’interview tant attendue d’Emmanuel Macron.

Un débat plutôt réussi sur la forme, notamment dû à la qualité dans le choix des journalistes, Jean-Jacques Bourdin et Edwy Plenel qui ont su se montrer pugnaces (insolents diront certains), en tout cas on ne pourra pas leur reprocher de s’être montrés connivents avec le président de la république.

En revanche sur le fond on n’aura pas appris grand chose de nouveau, le président se sera montré inflexible sur à peu près tous les sujets ; entendant les critiques, les colères et les contestations, mais en même temps invoquant la nécessité de conduire ses réformes et d’aller au bout de son projet pour le pays.

Un président pragmatique

S’il est une chose qu’on ne peut reprocher à l’actuel président, c’est son pragmatisme, sa capacité à avoir une ligne directrice avec un objectif clair, quitte à prendre toutes les décisions pratiques et efficaces pour s’en tenir à sa ligne de départ.

Or les objectifs d’Emmanuel Macron n’ont pas changé d’un iota, réduire la dette du pays en stimulant l’économie et pour ce faire, lutter contre le chômage.

Du coup on comprend sa volonté de supprimer les régimes spéciaux des retraites, de rajouter une journée de solidarité, ou encore de ponctionner les catégories les plus modestes de la population.

L’idée étant toujours de demander des efforts aux moins aisés, pour redonner aux plus riches susceptibles d’investir et de créer de nouvelles formes de richesse.

C’est la fameuse théorie du premier de cordée déjà expliquée par le président de la république dans une précédente interview ; l’idée étant qu’à la tête de l’état nous avons des grands patrons, des grands entrepreneurs, une forme d’élite qui tire le pays et les classes populaires vers le haut.

En général, les hommes de droite prônant ce genre d’idées évoquent la « théorie du ruissellement » pour ne pas donner l’impression d’être de profonds égoïstes – en gros la théorie du ruissellement revient à dire que plus les riches sont riches et plus les pauvres profitent de retombées importantes – mais Macron n’hésite pas un instant à se libérer de cette théorie fumeuse en expliquant que lui, la théorie du ruissellement, il n’y croit pas.

Du coup on a là un président nous expliquant clairement que son rôle n’est pas de s’occuper du bien être de tous les français, mais uniquement des « meilleurs » comme il les nomme à plusieurs reprises.

Cette définition même du rôle du président conduira à un échange tendu entre le président et Jean-Jacques Bourdin : « Votre rôle est plus simple. C’est de dire aux Français : ‘Je vais dans ce pays essayer de faire que tout soit un peu plus égalitaire et qu’il n’y ait pas des privilégiés, des plus riches et même des très riches, et de l’autre côté, des hommes et des femmes qui à 20 euros près ne peuvent pas boucler leur fin de mois ».

A cela on observera bien l’agacement d’Emmanuel Macron qui ne supportera pas bien évidemment qu’on lui dise en quoi consiste son rôle ; il se contentera d’opiner en expliquant qu’il « partage » ces ressentis… mais à cela il n’a d’autres réponses que de dire qu’il n’empêchera pas les plans sociaux.

Ça rentre par une oreille et ça sort de l’autre

Finalement c’est un peu le sentiment que nous donne Macron dès lors qu’on évoque avec lui la précarité, les difficultés pour certains français et le sentiment d’injustice.

Il « entend », il « comprend » et en même temps il est obligé de poursuivre ses réformes quoiqu’il arrive.

C’est une manière assez habile finalement pour donner l’impression qu’il est tempéré et à l’écoute mais dans les faits il reste pragmatique et ne montre strictement aucune forme d’empathie pour les catégories qui souffrent.

C’est sans doute la raison pour laquelle certains ont pu voir chez lui un coté « ni de gauche, ni de droite », sauf que dans les faits le président est bel et bien sur une ligne à droite où l’ordre et la finance sont rois.

Si Macron ne fait pas la même erreur que Sarkozy en insultant directement les classes modestes, en lisant entre les lignes on se rend compte qu’il n’en pense pas moins.

Pour le président, les ZAD-istes sont « des hors la loi », les étudiants qui bloquent les facultés sont « des gens professionnels du désordre » etc etc…. Ce qu’il semble oublier c’est que les gens aujourd’hui en colère sont également des français au même titre que ceux qui réussissent dans la vie.

On peut se référer une fois de plus à la phrase prononcée par Emmanuel Macron qui reste d’actualité où celui ci expliquait que certains ne représentaient rien. En vérité le président n’a jamais eu volonté d’unir le pays dans un projet commun, pour reprendre sa métaphore sur les premiers de cordées, dans sa conception des choses il y a une élite qu’il faut aider car elle tire le pays vers le haut, et les autres qui représentent un poids dont il convient de se délester pour faire avancer le pays.

certainement pas un visionnaire.

Contrairement à ce que l’on peut entendre ici et là, Macron n’a rien d’un visionnaire, c’est bel et bien un technocrate intelligent mais manquant cruellement d’esprit critique et de réflexion.

On parle souvent de lui comme ayant un coté « premier de la classe » et c’est le cas ; il est typiquement de ceux ayant appris leurs leçons par cœur pour ensuite tout réciter fièrement sans jamais prendre la peine de s’interroger sur le bien fondé de ses enseignements.

Toutes notions de sagesse, de réflexion et de philosophie lui sont finalement étrangères, ainsi :

  • lorsqu’il voit des enfants victimes d’armes chimiques en Syrie, le président lance une attaque car « la ligne rouge » a été franchie mais concrètement il ne s’émouvra pas d’un enfant mort par balle, par famine ou autres circonstances tout autant dramatique.
  • Lorsqu’on l’interroge sur nos institutions et les failles éventuelles de notre constitution pour le bon déroulement du processus démocratique, il répondra béatement que la constitution est ainsi faite et qu’il la respecte.
  • Lorsqu’il constate qu’il y a aujourd’hui de plus en plus de retraités pour de moins en moins d’actifs, il se contentera d’augmenter l’âge de départ à la retraite soit de réduire le montant des pensions sans s’interroger sur l’impact dans le quotidien des uns et des autres.

On comprend qu’il est inconcevable pour lui de s’intéresser aux questions environnementales, aux grandes mutations technologiques de nos sociétés et à l’avenir que nous laissons à nos enfants et à nos petits enfants.

Le président est comme un poisson dans l’eau dans le système actuel qui lui convient parfaitement et ce n’est ni sa volonté, ni dans son intérêt de chercher à le transformer pour répondre aux enjeux de demain.

La « transformation » dont il se fait le chantre aujourd’hui, n’est ni plus ni moins qu’une adaptation logique du pays visant à épouser le système libéral actuel avec ses failles, ses injustices et ses dérives.

L’avantage avec cette façon de gouverner c’est qu’elle ne comporte aucun risque, aucun hasard, et qu’elle ne demande pas un grand effort de réflexion… Il suffit juste d’appliquer une feuille de route en croisant les doigts pour que le système actuel ne craque pas tout de suite.

 

 

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s