Média·Politique

L’hypocrisie de la gauche autour des black blocs

Lundi 1er mai, journée mondiale de la fête du travail, des débordements ont eu lieu lors de la manifestation parisienne ; en effet 1200 personnes cagoulées et vêtues de noirs – les black blocs – se sont réunies dans la capitale où ils ont défié les forces de l’ordre et dégradées des biens matériels.

Toute la classe politique et les organisations syndicales sont unanimes pour condamner les actions violentes de ces « groupuscules anarchiques » qui n’auraient que pour but de tout détruire. Jean-Luc Mélenchon lui même déplore que « Du 1er mai, il ne reste que ça. Des magasins qui brûlent » insistant sur le fait que « C’est les infirmières qui étaient là, c’est les cheminots qui étaient là. De tous ceux là, on ne parle plus ».

J’ai écris dans un précédent article que la convergence des luttes n’aurait pas lieu mais quelque part je me suis fourvoyé, il y a bien eu une convergence  : celle d’un gouvernement et d’une opposition unis contre la violence.

Les Black Blocs, des vrais gens ?

Depuis une dizaine d’années maintenant c’est devenu une habitude, celle de dissocier les gentils manifestants pacifistes d’un coté et les black blocs qu’on appelle aussi « casseurs ».

Et pourtant si réellement il n’y avait aucun lien entre les deux alors comment expliquer cette coïncidence étrange qui fait que les « casseurs » apparaissent systématiquement lors de grandes manifestations sociales ? Comment expliquer également que les banderoles de ces black blocs portent des messages proches des banderoles de la CGT ou des partis d’extrême gauche ?

Si les black blocs n’étaient que de simples « casseurs hystériques » avec la volonté d’en découdre avec la police, alors pourquoi n’auraient ils pas agis le 02 mai en se contentant d’écrire sur leurs banderole « on va tout casser » ? Ils pourraient même s’abstenir de tout message politique et se contenter de leurs cocktail molotov après tout, le résultat reviendrait au même.

La vérité c’est qu’en dépit des opérations de communication visant à dissocier les black blocs des gentils manifestants, les deux sont intimement liés : il n’y a qu’une différence de degré de mécontentement.

Entre celui qui va travailler pour effectuer son service minimum mais qui se déclare en grève par solidarité, ceux qui sont en grève et qui battent le pavé pour manifester, et enfin ceux qui vont jusqu’à s’organiser pour bloquer des bâtiments ou allant jusqu’à dégrader des biens publics ; tout ceux là se nourrissent d’un même sentiment d’injustice et d’un même esprit de contestation… mais pourquoi nier cette proximité entre ces différentes formes de contestation ? N’y a t’il pas une sorte « d’acte manqué » collectif, avec une volonté apparente de courir après une révolution qui nous effraye inconsciemment ?

Une gauche traumatisée ?

Souvenez vous, le 02 mai 2007, débat du second tour opposant Nicolas Sarkozy à Ségolène royale, cela fait maintenant 12 ans que la droite est au pouvoir et la gauche est en droit d’espérer l’alternance.

Ce débat aura principalement été marquée par la « saine colère » de la candidate socialiste qui perdra finalement face à Nicolas Sarkozy. On aura retenu d’elle un manque de calme et de self-contrôle, pourtant nécessaire à l’exercice de la fonction présidentielle.

Depuis ce jour, toute forme de violence et d’emballement est mal perçue pour beaucoup dans l’opinion et contribue à décrédibiliser chaque manifestation un tant soit peu violente.

La gauche est ainsi tombée dans une sorte de traquenard dans le sens où elle n’ose plus aujourd’hui s’emballer de peur d’être aussitôt disqualifiée auprès des médias et de l’opinion. Là où la droite se veut de plus en plus « décomplexée », la gauche elle n’en finit plus d’être prise de remord et d’hésitation à afficher son mécontentement grandissant.

Alors certes on manifeste aujourd’hui, mais on se refuse à bloquer le pays, on s’offusque à recourir à la violence, on essaye tant bien que mal d’afficher un mécontentement mais sans crier trop fort de peur de passer pour des hystériques.

Et les gouvernements se succédant l’ont bien compris, de Sarkozy à Macron aujourd’hui, on réforme à droite le pays avec une main ferme et en répétant à tout va « dialogue sociale » quand bien même celui ci n’existe pas dans les faits.

Car on sait aujourd’hui que l’opposition pourra implorer et supplier dans les rues, de toute façon elle s’abstiendra de franchir la ligne jaune et finira par rentrer dans le rang de par son impuissance à se faire entendre.

La lutte sociale, un jeu de posture ?

Le plus amusant dans cette histoire c’est que nous sommes 50 ans après mai 68, beaucoup de médias et de politiques aiment à évoquer cette période de l’histoire comme étant une bonne chose, en lui donnant une touche romanesque et en vantant toutes les avancées apportées par cette révolution populaire.

Or, si l’on regarde bien en mai 68, il y avait de la violence, des affrontements entre manifestants et forces de l’ordre, des biens endommagés, des pavés lancés dans les vitrines.

C’est assez paradoxale aujourd’hui de voir la génération de Cohn-Bendit nous expliquer que sa colère de mai 68 était une bonne chose et que la violence de l’époque pouvait se justifier… alors que ceux qui brisent la vitrine d’un Mc-Donald aujourd’hui ne seraient que des voyous sans foi ni loi qui n’ont rien compris à la vie.

La question n’est pas de savoir si la violence est justifiée ou pas, mais de savoir comment l’éviter : pour ce faire il faudrait que chaque camps accepte de faire un pas vers l’autre ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

L’opposition fait monter la pression en affichant ses revendications et se heurte à un mur de fermeté avant de se dégonfler comme un ballon de baudruche. Du coup il ne faut pas s’étonner de voir toujours plus de personnes se radicaliser et s’organiser en black-blocs pour pousser la logique insurrectionnelle jusqu’à son paroxysme.

Ces derniers finissent par ne plus se reconnaître dans l’action syndicale et dans les partis politiques qui les lâchent au vol et qui ne vont pas au bout de la contestation. Quelque part, un gouvernement comme celui de Macron, réussit à écraser les syndicats et les partis d’oppositions avec sa stratégie de fermeté, mais il encourage lui même l’apparition de ces groupuscules violents.

Si on continue sur cette lancée, l’opposition va continuer à se faire atomiser laissant le champ libre aux groupuscules extrémistes qui pourront se renforcer et aller toujours plus loin dans la violence.

Reste à savoir jusqu’à quand ce « jeu de posture » de « l’opposition pacifique » va servir de catharsis pour une colère profonde et grandissante ? Bientôt il n’y aura plus de grèves dans le pays, ni de grandes manifestations comme celle qu’on a connu jadis… le seul rapport de force se jouera entre le gouvernement légitimiste, et des groupes toujours plus nombreux de résistants radicalisés qui ne prendront même plus la peine de chercher à discuter… c’est sans doute cela, la grande transformation sociale voulue par l’actuel président.

Ce qui est sur, c’est qu’en s’entendant sur le fait que « la violence c’est pas bien », les syndicats, les partis de gauche et de droite, le gouvernement, font tout ce qu’il ne faut pas faire pour apaiser les tensions et éviter l’embrasement généralisé.

Bientôt la violence sera le seul mode d’expression pour les classes populaires et ce jour là, il n’y aura plus grand monde pour canaliser cette colère.

 

 

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