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La lutte au quotidien, dans votre magasin !

Une fois n’est pas coutume, je vais vous parler d’une anecdote personnelle qui m’a particulièrement troublée au point que j’avais envie de vous la raconter.

La semaine dernière alors que je me rendais au supermarché pour y faire quelques courses, je me suis rendu compte que j’avais du temps.

Une denrée rare de nos jours tant la société nous offre une multitude d’opportunités pour occuper nos journées.

Entre le travail, les loisirs et les transports, il est difficile aujourd’hui de se retrouver dans une situation où l’on a « du temps à perdre » et pourtant c’est bien ce qui m’est arrivé alors que je venais de finir mes emplettes (deux trois paquets de chips, une bouteille de jus de fruit et quelques tranches de jambon, quitte à raconter sa vie autant le faire bien).

Il était 15 h 30 environ et je devais passer à l’école pour y récupérer ma fille sortant une heure plus tard sauf que voila, arrivé au niveau des caisses, je prends conscience que je vais tôt ou tard me retrouver avec un trou dans mon emploi du temps.

1 heure, c’est largement trop pour me rendre à l’école, mais ça n’est pas assez pour entreprendre quoique ce soit d’autre sans prendre le risque de me mettre en retard.

Du coup je fais le choix de prendre mon temps, me plaçant dans la première file que je vois, juste derrière un couple ; une attente raisonnable durant laquelle je vais pouvoir laisser mon esprit vagabonder, un instant de répit dans lequel je peux profiter pour faire le vide dans ma tête, simplement, loin des tracas de la vie quotidienne.

– Monsieur ! M’interpelle la caissière. Vous pouvez passer à coté si vous le souhaitez.

Car à coté il y a ces fameuses caisses automatisées : vous savez, celles où l’on peut se débrouiller soi-même en scannant ses articles avant de les poser dans la balance.

Il est vrai que je n’ai que trois fois rien sur moi et qu’il n’y a strictement personne aux caisses automatiques, je pourrais y aller et régler l’affaire en deux minutes.

Mais à quoi bon ? Je ne suis pas pressé et j’ai même du temps à perdre alors pourquoi irais-je m’embêter à scanner mes courses quand je peux simplement les poser sur le tapis et me contenter d’avancer tranquillement ? Et puis c’est tout de même plus convivial d’avoir un interlocuteur humain à qui parler.

je décline donc poliment l’invitation arguant que j’ai tout mon temps… la caissière hausse les épaules et le couple devant moi me sourit amicalement comme si il était surpris de cet échange surréaliste. Et puis après tout c’est une forme de libération pour lui aussi, c’est tellement rare de passer à la caisse sans avoir le stress, la pression de la personne derrière vous qui semble s’agacer à chacune de vos maladresses.

Je laisse une nouvelle fois mon esprit s’échapper, mon regard filant de tous cotés pour observer les gens autour de moi, scènes banales de la vie quotidienne…

– Monsieur ! Passez par ici, il y a de la place.

Une fois de plus je suis coupé, cette fois ci c’est une autre caissière, peut être une responsable, qui a pris la peine de se déplacer jusqu’à moi pour m’inciter à passer vers les caisses automatisées.

Gêné, voir un brin agacé cette fois ci, je décline une nouvelle fois la proposition mais cette dernière insiste en dépit du fait que sa collègue lui réitère ma position.

– Vous êtes sur de ne pas vouloir essayer ? Vraiment ?

Genre elle pense que je ne sais pas me servir d’une caisse automatique, forcément je suis un provincial et donc un abruti incapable de suivre les instructions sur une borne.

Je contient néanmoins ma frustration, conserve mon plus beau sourire et refuse une nouvelle fois prenant conscience de l’absurdité de la situation.

Nous sommes dans une société où tout va de plus en plus vite, les gens sont de plus en plus stressés et dans l’urgence vis-à-vis de tout et de rien. Ces caisses automatisées répondent aux besoins des clients qui sont pressés par le temps, et aujourd’hui ces derniers ne veulent même plus se rendre dans les grandes surfaces, d’où les systèmes de commandes par internet et les « drives ».

Bientôt, il n’y aura plus aucune caissière, et dans une échéance un peu plus lointaine nous n’aurons même plus à nous déplacer dans les supermarchés ; il suffira de commander sur amazone et les produits arriveront directement chez nous grâce à des drones.

Le paradoxe dans cette histoire c’est qu’en poussant les consommateurs à aller vers la borne automatisée, ces caissières précipitent elles même la disparition de leurs propres emplois.

De mon coté, je fini par passer à la caisse, fier d’avoir tenu bon et d’avoir résister à cette tentation de la facilité technologique. Avec satisfaction, j’adresse mon plus beau « bonjour » à la caissière en lui faisant remarquer à quel point il est devenu compliqué de nos jours, de pouvoir échanger quelques amabilités avec un être humain.

Puis je lui tends un billet pour régler mes commissions, que celle ci décline alors à ma grande surprise, en me montrant un appareil que je ne connaissais pas : une sorte de monnayeur.

Il suffit d’y mettre son billet pour que la machine fasse elle même le rendu de la monnaie… Je soupire, récupère ma monnaie et mon ticket de caisse, avant de sortir pestant contre cette technologie qui décidément est partout…

Le prochain coup, j’irai dans mon épicerie de quartier… c’est plus cher mais au moins peut-être aurais-je le sentiment qu’ils sont contents de me voir.

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3 commentaires sur “La lutte au quotidien, dans votre magasin !

  1. Votre article m’a fait sourire ! Etudiante, je travaille à temps partiel dans un supermarché depuis quelques années maintenant…
    Je ne suis pas certaine que « les caissières précipitent elles-mêmes la disparition de leurs propres emplois. »
    Je me permets de vous dire pourquoi : en tant que caissière, je peux vous dire que dans bien des grandes surfaces, notre travail est chronométré, chaque passage en caisse ne doit pas excéder un laps de temps donné. Ensuite, nos supérieurs nous contraignent à ouvrir d’autres caisses si X clients attendent à notre caisse ou à les rediriger pour ne pas les faire attendre.
    Il se trouve que les caissières n’ont d’autres choix que d’obéir à leur supérieur, sous peine d’être remplacées par d’autres qui sauront exécuter les ordres sans broncher. Il ne me semble donc pas très juste, cher Monsieur, d’imputer aux caissières la disparition programmée de leur emploi.
    S’il y a des coupables à blâmer, c’est à mon sens les adhérents et directeurs de magasins, qui n’ont de cesse d’exiger toujours plus de leur personnel (je pense notamment aux cadences). Je pense enfin aux clients, qui contrairement à vous, pour beaucoup, ne supportent pas de patienter 5 pauvres minutes avant de passer en caisse, et qui le font payer à la caissière, il faudrait donc leur (ré)apprendre à patienter… Enfin bon, ce n’est que mon point de vue.
    Bonne soirée à vous et merci pour votre article !

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    1. Lorsque je parlais de caissières précipitant elles même leurs propres emplois, ce n’était pas forcément de leurs propres volonté 🙂
      Au fond les caissières appliquent les consignent qui leurs sont données par les supérieurs je l’entends tout à fait et vous prie de m’excuser si, au cours de c’est article, j’ai pu donner l’impression d’en vouloir personnellement aux caissières pour qui j’ai beaucoup de respect 😉

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