Politique

Loi prostitution : les bons sentiments n’amènent pas toujours de bonnes solutions.

C’est « le plus vieux métier » du monde, et un vieux débat en France, la place de la prostitution dans notre pays.

Si pour certains il est évident que la prostitution est un mal qu’il faille combattre et faire disparaître de nos rues, pour d’autres il est un mal nécessaire que l’on devrait plutôt chercher à accepter et à encadrer.

Or depuis plusieurs années ce sont les abolitionnistes qui ont le vent en poupe, en témoigne la loi de 2016  qui pénalise lourdement les clients qui seraient pris en faute d’avoir recours aux servicex d’une prostituée.

Pourtant quand on y regarde de plus près il faut se rendre à l’évidence cette loi est foncièrement stupide, mais c’est sur qu’en faisant l’amalgame avec les réseaux proxénètes, le système patriarcale et les violences faites aux femmes, alors il devient difficile d’avoir les idées claires sur le sujet.

Pourtant cela aurait pu permettre d’éviter une loi qui cause plus de problèmes qu’elle n’en résout.

Une interdiction d’être humain.

Avant de légiférer sur la prostitution il convient de savoir de quoi on parle… un échange économico-sexuel entre deux individus consentants.

Certes, on va tout de suite me rétorquer que le consentement n’est pas réel, qu’il y a des réseaux proxénètes et une traite des femmes mais déjà là on sort du sujet.

L’exploitation d’une tierce personne qu’on contraint à « se prostituer » s’apparente plus à de l’esclavage qu’on a aboli depuis des siècles maintenant, sans qu’on ait eu besoin d’attendre la loi de 2016.

La loi en question pénalise les clients, c’est à dire ceux étant prêt à acheter un « service » sexuel, et là on peut se poser la question : quelle solution pour l’individu ? Evidemment pour l’immense majorité de la population qui parvient à assouvir ses besoins et ses envies la question ne se pose pas… mais qu’en est il de ceux qui, pour diverses raisons, ne sont pas en mesure d’assouvir par eux même ces besoins ? En vertu de quel ordre moral nous permettons nous de les condamner à « la misère sexuelle » ?

Misère, misère…

En parlant de « misère sexuelle » du client, il ne faudrait pas non plus oublier la « misère économique » de ceux qui se retrouvent à devoir se prostituer.

Au fond la prostitution est la confrontation d’une offre et d’une demande dans un monde libéral où se heurtent des individus ayant des besoins.

Bien sur, chaque individu a sa propre moral et beaucoup préféreront d’autres alternatives que la prostitution… néanmoins les alternatives en questions sont elles préférables ?

Le client qui pourrait opter pour l’agression, le viol, pour compenser ses pulsions… ou la prostituée qui pourrait choisir de se lancer dans le vol, les cambriolages ou le trafic de drogue pour augmenter ses revenus.

Est-ce dire que la prostitution est un mal moindre ? Sans doute

Est-ce dire qu’elle est un mal acceptable ? Bien sur que non et on ne me fera pas dire que la prostitution est une bonne chose.

Néanmoins, force est de constater qu’en attaquant la prostitution en général, sans chercher à cibler les causes, on finira toujours pas viser à coté.

Car au fond on ne résout rien aux problèmes, on se contente de jeter un voile pudique sur cette misère qui nous effraye et qui nous dérange. Une attitude d’autant plus facile quand nous même sommes dans une position de confort vis-à-vis de ces catégories de personnes.

Car il est facile, pour une femme épanouie comme madame Vallaud Belkacem d’aller expliquer que la prostitution c’est mal et que les femmes doivent apprendre à respecter leur corps et rester digne.

Il aurait été facile également pour un Dominique Strauss-Khan de faire des sermons contre clients de prostitués qui exploitent les femmes (ça aurait été amusant ça).

Mais au bout du bout, quand un homme politique comme Benoit Hamon propose de garantir à chacun un revenu universel pour permettre de vivre avec un minimum décent, on lui rit au nez.

Dès lors, quelles mesures concrètes est-on prêt à prendre pour lutter contre cette misère qui gangrène nos sociétés, conduisant à des pratiques que la morale juge indigne ? Interdire la prostitution ? Et demain la mendicité ? C’est sur qu’à coté de ça, faire de l’argent en allant ponctionner des frais sur le compte de ceux qui se retrouvent à découvert, c’est une activité beaucoup plus « noble » (et lucrative).

Finalement n’est on pas dans une forme d’hypocrisie, à laisser s’instaurer un système libéral où chacun n’a pas sa place, tout en dénonçant les conséquences et les dérives comme la prostitution, qui sont pourtant dans l’esprit même du régime en question ?

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Un commentaire sur “Loi prostitution : les bons sentiments n’amènent pas toujours de bonnes solutions.

  1. Je me creuse la tête depuis longtemps sur cette question, trouvant des problèmes et des impasses à la fois dans les postures abolitionnistes les plus courantes (qui frôlent parfois le prohibitionnisme), et dans les postures réglementaristes trop souvent (qui normalisent trop fréquemment cette pratique comme une pratique professionnelle parmi d’autres qui n’aurait pas vocation à disparaître). Finalement je me retrouve pas mal dans la posture de certaines organisations politiques comme Alternative Libertaire qui défendent un abolitionnisme de fait, qui est directement lié à leur objectif de disparition du salariat, mais qui refusent les lois qui interdiraient la prostitution ou pénaliseraient le client.

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