Politique

La fin des promos ? Une mesure au rabais.

Depuis des années maintenant, les acteurs dans l’alimentation se livrent une guerre des prix sans merci au détriment de nos agriculteurs.

En effet, les grandes enseignes de la distribution redoublent d’efforts pour acheter leurs produits au plus bas, afin de les revendre le moins cher possible aux consommateurs.

Cela pénalise les agriculteurs qui ne font pas le poids dans leurs négociations avec la grande distribution et qui peinent à vivre de leur exploitation. Une situation dramatique quand on sait que le risque de suicide pour les agriculteurs est 20 à 30 % plus élevé que pour le reste de la population.

Du coup le gouvernement a pris le sujet à bras-le-corps et obtenu hier l’autorisation de l’assemblée pour encadrer par ordonnance les promotions dans nos grandes surfaces, ainsi qu’une majoration de 10 % du seuil de revente à perte.

Concrètement ça change quoi ?

Fini les émeutes comme celles de janvier où des clients prenaient d’assaut un stand de nutella à -70 %, fini les promotions à trois produits pour le prix d’un… pour faire court, les grandes surfaces ne pourront désormais plus appliquer de promotion dépassant 34 % du prix normal.

De plus le seuil de revente à perte sera majoré de 10 %, ce qui revient à dire que lorsque votre supermarché se procurera un produit, il sera obligé de se faire une marge d’au moins 10 % dessus.

La théorie du gouvernement étant qu’en forçant les grandes surfaces à se faire de la marge, ces dernières seront plus enclines à mieux rémunérer les producteurs.

Hélas comme toujours, les belles promesses de ce gouvernement ont tout l’air d’être de la poudre de perlimpinpin.

Chercher l’argent là où il n’y en a pas.

Si il est vrai que les agriculteurs ont beaucoup de mal à s’en sortir aujourd’hui à cause de la pression des grandes enseignes, il faut savoir que les distributeurs sont eux aussi à la peine à cause de la concurrence grandissante.

D’un coté le nombre de grandes surfaces qui ne cesse de croître, et de l’autre le développement du commerce en ligne avec l’arrivée sur le marché de nouveaux acteurs encore plus puissants du type amazone.

Du coup la guerre des prix à laquelle se livrent les grandes surfaces est légitime… elle n’est que la conséquence logique d’un système libéral auquel la majorité présidentielle adhère et qui conduira inéluctablement à la disparition de plusieurs de ses acteurs.

Or là, étrangement, le gouvernement décide de faire de l’interventionnisme… mais pas celui auquel on pourrait s’attendre habituellement.

Pas question de taxer les multinationales pour redistribuer cet argent sous forme d’aides aux agriculteurs… pas question non plus de redonner du pouvoir d’achat aux consommateurs pour stimuler la demande et aider tout le secteur de l’agro-alimentaire.

Non l’idée étant de forcer les distributeurs à se mettre d’accord pour vendre plus cher et ainsi toute la chaîne de production devrait en profiter… du coup on a les inconvénients du libéralisme sans les avantages de la concurrence pure et parfaite.

Autrement dit, si les grandes surfaces vont mal, si les agriculteurs vont mal, alors pas de soucis il suffit une fois de plus de demander un effort aux consommateurs, et pas n’importe lesquels : ceux qui galèrent déjà pas mal au moment des fins de mois et qui guettent la moindre promotion lorsqu’ils vont faire les courses.

C’est un peu toujours la même réflexion qui anime le gouvernement actuel, saigner au maximum les plus démunis pour dégager de l’argent censé régler les problèmes du pays.

Un peu comme ci le pouvoir d’achat des classes populaires étaient une manne financière infinie dans laquelle on pouvait puiser à sa guise dès lors qu’il y a un problème quelque part.

Sauf que par définition, les classes populaires ne sont pas celles qui fabriquent les billets et tôt ou tard, à force de compter sur eux pour équilibrer les comptes publiques, on va finir par avoir un problème… En tout cas pour le sujet traité dans cet article, les problèmes sont nombreux et les prévisions forts peu réjouissantes.

Une réforme qui ne peut pas marcher ?

Qu’on l’aime ou qu’on ne l’aime pas, Michel-Edouard Leclerc se présentant en défenseur du pouvoir d’achat des consommateurs a déjà fait savoir toutes ses réticences vis à vis de ce projet de loi ; ce dernier a même fait faire une étude par des économistes pour démontrer les impacts négatifs de ces mesures.

Sans rentrer dans le détail, il parait évident qu’augmenter les marges et limiter les promotions aura d’autres effets que d’aider nos agriculteurs :

  • Tout d’abord, faire porter l’effort économique à ceux qui ont déjà du mal à boucler les fins de mois, risque fort de faire baisser globalement la consommation. Si vous achetez plus cher la tomate mais que vous en achetez moins alors cela ne fera ni les affaires de l’agriculteur, ni celles de la grande surface.
  • Ensuite, contraindre les distributeurs à se dégager une marge ne les incitera certainement pas plus à négocier leur prix avec les producteurs. Au contraire, si la grande surface est obligée de respecter un seuil de revente à perte de 10 %, alors elle risque fort d’étrangler plus encore les producteurs pour limiter la hausse des prix.

C’est donc du perdant – perdant, sauf à espérer que les pauvres aient réellement pu constituer des « bas de laine » conséquents à chaque fois qu’ils ont profité d’une promotion ?

Un pari audacieux, qui reste dans la droite ligne de ce que ce gouvernement a su faire jusqu’à maintenant… l’avantage avec les classes populaires, c’est qu’on racler le fond de leurs poches, avec eux au moins on est sur qu’ils ne s’exileront pas aux Bahamas !

 

 

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