Politique

La GPA en France ? Ce n’est plus qu’une question de temps.

Samedi dernier à « On n’est pas couché », le talk-show animé par Laurent Ruquier sur France 2, Marc-Oliver Fogiel est venu pour présenter son livre intitulé « Qu’est-ce qu’elle a ma famille« 

Dans ce livre l’animateur raconte comment il est devenu père de deux petites filles en recourant à une Gestation Pour Autrui aux Etats-Unis, une pratique qui reste à ce jour, interdite en France.

Du coup l’occasion est trop bonne sur le plateau, pour entamer un débat sur la question de la GPA entre Marc-O et les deux chroniqueurs de l’émission Charles Consigny et Christine Angot.

La GPA entre dans le débat

Concernant le débat de samedi soir, on ne va pas se mentir, c’était mauvais et on ne va pas s’épancher là dessus.

On s’invective, on coupe la parole, on prend à partie le public trié sur le volet… Du grand « On n’est pas couché » qui fait le buzz et qui ravira les amateurs de clash en tout genre.

Non ce qui est intéressant en réalité c’est de voir comment un débat peut s’ouvrir sur un sujet qui était il y a quelques années encore : un tabou.

Un signe évidemment que les mentalités changent en même temps que notre conception de la famille.

En vérité il ne faut pas se voiler la face, ce qu’on appelle aujourd’hui le « progressisme » (et qui n’est en fin de compte qu’une évolution dans un sens plutôt qu’un autre) gagne du terrain et la GPA arrivera un jour ou l’autre en France, ce n’est plus qu’une question de temps.

Non pas que j’y suis pour ou contre, la question ne se pose pas en ces termes, mais il s’agit des conséquences logiques d’une certaine loi adoptée en 2013 : le mariage pour tous.

L’élément déclencheur : le mariage pour tous

Souvenez vous, en 2013, le gouvernement de François Hollande fait passer un projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe.

A l’époque cette loi crée une fracture dans l’opinion publique qui dépasse le clivage traditionnel de la gauche et de la droite.

Le collectif de « La Manif pour tous » voit le jour et se dresse vent debout contre la loi dénonçant déjà à l’époque les conséquences que cela aurait sur la filiation.

L’une des pires conséquences de la loi… la réapparition de Christine Boutin sur les plateaux télés -_-

En effet, en autorisant un couple homosexuel à se marier, alors ce dernier aurait dans le même temps accès à l’adoption ce qui s’est bel et bien passé.

Or les opposants au mariage pour tous s’inquiètent de la disparition progressive de la famille au sens classique et de l’épanouissement de l’enfant qui aurait besoin d’un père et d’une mère.

Sauf que voilà, depuis longtemps la famille nucléaire n’est plus qu’une chimère : nombreuses sont les femmes seules avec des enfants, on ne compte même plus le nombre de familles recomposées.

Du coup l’argument de « la manif pour tous » tombe à l’eau au même titre que les illusions des conservateurs, intimement persuadés qu’un enfant aurait besoin d’un papa et d’une maman pour être épanoui.

L’homo-parentalité, une réalité

Qui dit « Mariage homosexuel » dit « Famille homo-parental » et donc « PMA » !

La procréation médicalement assistée est un ensemble de pratiques cliniques et biologiques encadré en France par la loi de bioéthique du 

Au départ, il n’est question que des bons vieux couples hétéro-sexuel traditionnels sauf que voilà, entre temps la loi de 2013 est passée par là et grâce ou à cause de François Hollande, tous les couples qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels ont les même droits.

Par conséquent, qu’est ce qui s’oppose au recours à la PMA pour un couple lesbien ? Rien en réalité étant donné qu’il doit être considéré comme n’importe quel couple – le couple lesbien est un couple à part entière, stérile de fait.

Par conséquent il n’est pas étonnant de voir qu’en 2017 lors de la campagne présidentielle, 4 candidats proposaient de légiférer sur la PMA pour l’ouvrir aux couples homosexuels et un seul candidat seulement parlait de revenir sur la loi du mariage pour tous.

Candidat dont nous respecterons l’anonymat par ce voile pudique

En revanche, les candidats étaient unanimes sur le maintien de l’interdiction de la GPA.

La GPA, une pratique controversée…

Aujourd’hui la PMA reste interdite pour les couples lesbiens mais on peut s’attendre à ce que le président Macron honore sa promesse courant 2019.

« J’ai bien supprimé l’ISF ! Comme quoi j’honore mes promesses ! »

D’ailleurs des sondages montrent que près de 60 % des français y sont favorables.

Évolution des mentalités, sans doute aussi une forme de résignation, pour autant certains s’accrochent encore à empêcher la GPA, dernier bastion d’une France puritaine accrochée à ses valeurs morales.

Mais il ne faut pas se voiler la face : ce n’est qu’une question de temps avant que la GPA soit autorisée elle aussi.

Ce qui est le plus amusant en fait, c’est de voir l’hypocrisie de ceux qui étaient favorables au mariage pour tous et à la PMA, qui subitement jouent les vierges effarouchées devant la GPA en invoquant des raisons fallacieuses.

D’abord, la marchandisation des corps !

L’enfant deviendrait un objet dont le destin serait décidé par contrat, sans compter que les femmes seraient rémunérées et, quelque part, forcées de céder à cause de la pression économique.

Mais enfin la pression économique qui oblige les pauvres vis à vis des riches existe depuis belle lurette sans que personne ne s’en offusque : ça s’appelle le capitalisme.

On ne s’émeut pas aujourd’hui de voir des millions de travailleurs qui mettent leur santé en jeu pour pouvoir gagner un peu d’argent.

On sait très bien, par ailleurs, que cette pression économique pousse certains à se livrer à divers trafics comme la prostitution ou la drogue.

 

La mère porteuse, vue par les réac’

Entretenir un système où les 1 % les plus riches de la population se partagent la moitié des richesses mondiales, avant de nous expliquer qu’on refuse la GPA car on a peur qu’il y ait une pression économique sur les plus pauvres c’est juste du foutage de gueule.

Au contraire il vaudrait mieux légiférer et encadrer cette pratique plutôt que de la laisser aux mains des réseaux sous terrains.

la rupture de l’attachement prénatal

C’est l’autre argument anti-GPA, une sorte d’attachement entre l’embryon et la mère porteuse qui provoquerait de graves troubles psychologiques à l’enfant qu’on enlève à sa mère porteuse.

Moui pourquoi pas… sauf que la GPA existe dans plusieurs pays comme les Etats-Unis et qu’on a rien entendu allant dans le sens que les enfants nés par GPA seraient plus malheureux que les autres.

En fait cet argument fait clairement penser à celui qu’on sortait pour contester l’homo-parentalité : en gros un enfant aurait besoin d’un papa et d’une maman pour être équilibré.

Le modèle 2 en 1 de l’équilibre familial

Cet argument est tombé en même temps qu’on a autorisé l’adoption pour les couples homo-sexuels.

On aimerait croire à cette sorte de sacro-saint attachement entre la mère et l’enfant mais il faut se rendre à l’évidence… il n’y a rien de magique, de sacré ou de divin là dedans.

En réalité le seul lien qui existe entre des parents et leurs enfants, c’est un lien qui fait plus appel à la raison qu’à un pseudo instinct.

On aime nos enfants, on est responsable d’eux et on tisse un lien avec eux dès leur plus jeune âge qu’on les ait porté ou non. Il n’y a pas de lien « instinctif » sans quoi nous n’aurions pas le droit à des faits divers atroces ou certaines mères commettent des infanticides…

…mais qui finira par passer

Les arguments anti-GPA ne tiennent pas, on a juste l’impression que la société accepte le « progressisme » pas à pas, tout en se raccrochant aux branches du conservatisme qui finissent par céder une à une.

Du coup on est prêt aujourd’hui à accepter le mariage pour tous, la PMA pour les couples lesbiens, mais on pinaille encore sur la GPA qui viendra sur le tapis quoiqu’il arrive.

La machine est déjà en marche car elle répond aujourd’hui à une logique implacable, celle de l’égalité entre les couples :

C’est au nom de cette égalité que le mariage a été ouvert aux homosexuels.

C’est au nom de cette égalité que la PMA est en passe d’être ouverte aux couples lesbiens.

C’est au nom de cette égalité également, que nous serons amenés tôt ou tard à permettre la GPA, sans quoi il y aurait une discrimination manifeste envers les hommes.

Quelque part, refuser à un couple d’hommes d’avoir un enfant, c’est partir du principe qu’il y aurait une différence entre les hommes et les femmes vis à vis du rapport à l’enfant ; le problème c’est que cela irait en totale contradiction avec la société que nous sommes en train de créer où l’on cherche à gommer les disparités entre les deux sexes.

Aujourd’hui on cherche de plus en plus à responsabilisé l’homme au même titre que la femme vis à vis de l’enfant ; l’homme doit changer les couches, l’homme doit donner le biberon et participer aux taches ménagères quand la femme elle, doit partager avec monsieur son congé maternité et rentrer de l’argent en allant travailler.

Autre exemple, on constate de plus en plus lors des divorces que la garde alternée est privilégiée plutôt qu’un droit de garde exclusif à la mère.

Si demain notre société actait que deux hommes n’auraient pas les même droits qu’un autre modèle de couple, alors elle entrerait en contradiction avec elle même.

La question de l’homo-parentalité, c’est l’arbre qui cache la forêt.

Homo-parentalité… PMA… GPA… il ne faut pas se voiler la face, nous y venons progressivement et c’est absurde de penser que la GPA fera obstacle.

Ceux qui restent intimement persuadé qu’il y a une sorte de sacro-saint lien prénatale devront de toute façon se rendre à l’évidence lorsque la science réussira à mettre au point les premiers utérus artificiels

Car il est question d’un sujet sur lequel on ne peut pas être à la fois pour et contre !

À partir du moment où l’on reconnaît l’homosexualité comme étant une chose normale au même titre que l’hétérosexualité, on ne peut pas donner des droits différents aux uns et aux autres.

En réalité il ne reste qu’un point sur lequel on peut s’interroger à savoir : Est-ce raisonnable de mettre la science au service des couples qui veulent avoir un enfant dans un monde où nous sommes 7 milliards et où nous constatons tous les jours les effets de la surpopulation sur l’environnement ?

Là dessus il y aurait matière à réflexion et à débats… mais cela reste très compliqué dans la mesure où nous vivons dans un monde qui met les libertés individuelles en avant et où personne n’est prêt à la résignation face au hasard.

Tout ça pour dire que demain, si nous voulions reconsidérer la question de l’assistance pour la procréation, alors cela concernerait tous les couples sans exceptions, qu’ils soient homosexuels ou hétérosexuels.

C’est soit la PMA et la GPA pour tous… soit pour personne ! Au train où vont les choses, les couples d’hommes peuvent être confiants, dans quelques années ils devraient eux aussi obtenir gain de cause.

 

 

Publicités

Un commentaire sur “La GPA en France ? Ce n’est plus qu’une question de temps.

  1. Je suis très partagée sur ce sujet, je conçois bien qu’il soit possible d’y avoir recours et que des femmes soient prêtes à le faire, mais comme tu le soulignes à un moment, la précarité, la paupérisation peuvent aussi inciter à le faire. Que les enfants nés de GPA ne soient pas forcément plus malheureux c’est une chose, mais quid de l’impact sur les gestatrices, a-t-on des éléments là dessus (hors cas particuliers dans une même famille par exemple) ? Je ne peux rien affairer de manière définitive, mais je me dis que c’est difficile de prévoir ce qui se passera pendant une grossesse, que ce soit le développement d’un lien affectif plus fort que prévu avec l’enfant ou des problèmes médicaux sérieux. Sur ce second point, c’est ce qui me dérange un peu : même dans les pays avec le meilleur accès aux soins une grossesse n’est pas anodine. Le corps en est marqué durablement : chamboulement hormonal (avec des conséquences diverses), cicatrices, épisiotomies ou césariennes, conséquences éventuelles sur la sexualité derrière, et puis tous les soucis possibles pendant la grossesse (diabète ou autre). Sans compter les cas de problèmes graves de type éclampsie… Même si en France le taux de mortalité maternelle n’est « que » d’environ 10 pour 100 000, souvent à la suite d’hémorragies, c’est quand-même pas rien de faire courir ce risque à quelqu’un. Et aux Etats Unis précisément ce chiffre augmente et concerne les populations les plus pauvres et en particulier la population noire. ( https://www.bastamag.net/Aux-Etats-unis-une-inquietante-augmentation-de-la-mortalite-maternelle)

    Du coup j’aurais tendance à être pour une forme de tolérance très encadrée, avec un suivi très en amont des personnes concernées (notamment un suivi social et des entretiens réguliers avec la personne qui doit porter l’enfant), une législation très stricte sur l’indemnisation aussi.

    Je pense qu’en théorie j’ai vraiment envie d’être d’accord avec « les mêmes droits soit pour tous soit pour personne » mais dans les faits déjà il n’y a pas de « droit à l’enfant », seulement une liberté de mettre en œuvre différents moyens limités par les règles juridiques et des considérations éthiques… et du coup il me semble que ça rend plus complexe cette question à partir du moment où cette mise en œuvre n’a pas du tout les mêmes conséquences potentielles dans le cas d’un couple de femmes et d’un couple d’hommes. Dans le second cas on doit mettre en balance leur intérêt et leur bien être à eux, ceux de l’enfant qui même s’il peut être très heureux ensuite subit quand-même des changements un peu brutaux en début de vie, et enfin ceux de la gestatrice dans une société assez violente et soumise à des logiques de précarisation intense… Et pour le coup, avoir des réserves là dessus ne signifie pas qu’on remet en cause la capacité de deux hommes à être pères.

    J’ouvre une autre piste de réflexion aussi : peut être que si on voyait moins la famille comme un noyau développé à partir du couple, où on a NOS enfants (qui doivent faire ce qu’on veut nous), on ouvrirait la possibilité de modèles familiaux un peu différents, ou en tout cas la possibilité de familles élargies avec différents rôles et davantage de personnes impliquées dans le fait d’élever des enfants. Bon évidemment c’est un débat bien plus large 🙂

    J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s