Politique

Gilets jaunes : La récupération politique ne vient pas de là où on l’attend.

J-3 avant le 17 novembre et les manifestations dans le pays visant à dénoncer les taxes sur le carburant, et plus largement la politique d’Emmanuel Macron.

L’événement né sur les réseaux sociaux a pris de l’ampleur si bien qu’il est impossible aujourd’hui de le prendre à la légère et il ne se passe pas une journée sans que le sujet ne soit évoqué par les médias et les politiques.

L’un des thèmes qui revient le plus souvent, c’est l’hypothétique récupération politique de ces manifestations qu’on impute tantôt au Rassemblement National, tantôt à Les Républicains ou à Mélenchon.

Il est vrai que l’opposition a tendance à porter un regard bienveillant à l’égard des gilets jaunes quand bien même elle n’appelle pas toujours à manifester ; mais au fond ces soutiens ne sont-ils pas logiques compte-tenu du fait que 8 français sur 10 disent approuver ces manifestations ?

Ces partis d’oppositions s’agrègent pèle-mêle à une contestation générale qui les dépasse si bien qu’on a plus le sentiment qu’ils suivent le mouvement plutôt qu’autre chose.

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Personne n’oserait accuser Macron d’avoir fait de la récupération politique pendant la coupe du monde !! Il n’a fait que suivre un engouement collectif bien évidemment.

 

En revanche aucun média n’évoque la possibilité que si « tentative de récupération politique » il y a, celle ci pourrait bien venir en réalité du parti de la majorité présidentielle lui même.

Impuissance contrôlée ?

Si certains en doutent encore, il faut pourtant bien se rendre à l’évidence, le mouvement du 17 novembre risque fort d’être puissant.

Le président est au plus bas dans les sondages de popularité, les raisons du mécontentement sont nombreuses et variées et la taxe sur le carburant cristallise toutes les colères.

De plus, ce mouvement n’est pas encadré par un syndicat ou une formation politique en particulier, ce qui fait qu’il fédère d’autant plus car il est apolitique.

Dès lors si les partis d’oppositions trouvent facilement des raisons de le rejoindre, le président de la république devrait au contraire chercher à désamorcer ce conflit pour éviter un nouveau mai 68 ou plus récemment on pense aux grandes manifestations anti-CPE qui avaient fait plier Dominique de Villepin.

À moins qu’il soit particulièrement candide, Emmanuel Macron doit bien avoir conscience que la vague de contestation qu’il a face à lui dépasse la simple question du carburant et qu’elle ne ressemble en rien à tout ce qu’il a pu connaître jusqu’à présent.

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N’oublions pas que Macron a déjà cèdé face aux revendications d’un syndicat.

Or, ce dernier multiplie les postures et les annonces en allant dans des directions parfaitement opposés comme si il développait une sorte de schizophrénie à l’approche du grand jour.

Errements timides d’un président « tétanisé » face à la colère grondante ? Il y a peut-être un peu de ça… Mais on peut aussi se demander si dans le fond il n’y a pas une tentative éhontée de jouer avec le feu en tentant de faire de la récupération politique.

Surfer sur un tsunami.

Quand il s’agit d’évoquer l’attitude de l’exécutif face à la grogne, les médias évoquent parfois un président « tétanisé » par la crainte que la situation dégénère.

Mais la « tétanie » est un état plus proche de l’immobilisme… un peu comme lorsque notre président annonçait qu’il partait en vacances alors qu’il était déjà en plein dans la tourmente.

Or depuis son retour et le début de son itinérance mémorielle, on ne peut pas dire que le président soit tétanisé ; bien au contraire, il va à la rencontre des français et il communique avec ceux qui l’interpellent sur la question du pouvoir d’achat.

Ce qui  frappe c’est justement l’excès de communication et le manque de constance dans son positionnement qui laisse à penser que le président tâtonne pour retourner la situation à son avantage… ce qui revient bien à une forme de récupération politique.

1°) Le président « courageux »

Au tout début de la contestation, alors qu’on en était aux balbutiements, on avait le droit a la traditionnelle technique qui consiste à se boucher les oreilles en criant très fort « j’entends rien, na na ninèèère et puis j’assume tout« 

Une technique qui fait ses preuves depuis des années maintenant, et qui est né d’une impression que les présidents précédents étaient mauvais car ils reculaient trop facilement devant la rue.

Le bon sens voudrait qu’un président soit capable de trouver des terrains de conciliations pour essayer de faire au mieux dans l’intérêt du plus grand nombre, mais cela impliquerait que le président admette qu’il puisse avoir tort or cela va à l’encontre de l’image que certains voudraient donner de la fonction présidentielle.

La Vème république serait une sorte de monarchie républicaine ou le président serait omniscient et se devrait de tenir bon en toute circonstance.

C’est donc en toute logique qu’Emmanuel Macron prend cette posture aux prémices de la contestation.

Une posture d’autant plus ridicule qu’elle concerne une décision particulièrement lâche au départ : augmenter les taxes pour renflouer les caisses sur le dos des contribuables modestes, tout en prétextant que c’est pour le bien de la planète… Ben voyons… si demain je trouve le moyen d’acheter bio en faisant payer ma voisine, j’aurai bon dos de me pavaner en racontant à qui veut l’entendre que j’assume.

Mais Macron n’a aucun scrupule sur la question… on a beau soulever le fait que c’est un peu facile de taxer le citoyen lambda sous couvert de l’écologie, il assume.

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Le travail des enfants : ça passe si on dit qu’on assume ?

2°) Le président compréhensif

L’autre volet de la récupération politique à laquelle joue notre président, c’est celui du président conciliant qui trouverait des réponses… Et c’est vrai que dans ce domaine on a eu le droit à un déballage tout azimut de mesures toutes plus farfelues les unes que les autres pour faire passer la pilule.

Petit rappel : au départ, Macron assume ces taxes sur le gazole car c’est pour l’écologie ; il assume tellement qu’il finit par proposer :

  • d’augmenter l’aide à la conversion
  • d’élargir le bonus écologique aux véhicules hybrides rechargeables
  • donner des avantages fiscaux aux grands rouleurs
  • réduire le prix du permis de conduire
  • défiscaliser le chèque carburant
  • etc etc…
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Le gouvernement prévoyerait une aide de 0.50 € sur l’achat d’un sapin qui sent bon.

 

Donc il n’assume pas grand chose et dans certaines mesures il va même à l’encontre de son pseudo combat écologique.

Le plus amusant dans cette histoire, c’est que la majorité des français si ils soutiennent le 17 novembre, ne sont pas hostiles à la transition écologique bien au contraire.

La question de la taxe sur les carburants a été un déclencheur mais il est évident que derrière ce point de cristallisation il y a une colère plus profonde sur la politique de Macron.

Or ce dernier se borne à sortir un catalogue de mesurettes sur le thème de l’automobile comme si il espérait réellement que cela puisse avoir un effet.

Soit il est naïf, soit il tente une nouvelle fois de faire de la récupération politique en jouant au président complaisant qui cherche des solutions quand bien même il est totalement à côté de la plaque… c’est pourtant un jeu dangereux car la colère est grande et on se demande si c’est le bon moment pour lui de penser exclusivement à son image.

3°) Le président ferme

Si la situation n’était pas aussi grave, alors on pourrait dire que cette dernière posture est la plus amusante.

Cristophe Castaner qui passe à la télé en prenant un air strict pour clamer qu’il ne veut aucun blocage total sinon il appelle les flics.

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ou pire…

Mouais… On est en train de vous souffler dans l’oreille qu’une manifestation apolitique de grande envergure se propage dans le pays, à la limite de l’insurrection populaire, et Castaner ne trouve rien de mieux à faire que de venir provoquer ce peuple avec des  petites menaces même pas crédibles….

On sait la difficulté que l’État a rencontré pour évacuer Notre-Dame-Des-Landes… on ose à peine imaginer comment les forces de l’ordre pourraient évacuer les 700 points de blocage annoncés à travers tout le pays.

Là encore, une tentative de récupération politique en mode « Je suis un président avec une grosse paire de… »

Eh oui sauf que c’est toujours le même problème : le climat actuel est explosif !

Peut-être serait-il temps de prendre en considération l’ampleur du mouvement qui s’annonce et chercher des solutions drastiques pour atténuer les tensions… plutôt que de chercher à surfer là dessus en jouant cette fois ci la carte de l’autoritarisme.

Droit dans le mur

De toute façon il est déjà trop tard pour faire machine arrière, le 17 novembre est dans 3 jours et on voit mal le président revenir maintenant sur ces taxes pour apaiser le peuple.

Quand bien même il reviendrait dessus on est même pas sur que cela calme la grogne… car c’est la politique de Macron dans son ensemble qui est remis en cause et on voit déjà des revendications surgir qui n’ont rien à voir avec le gazole comme le rétablissement de l’ISF par exemple.

Le problème étant que Macron dit entendre, qu’il écoute (on suppose), mais qu’il ne fait pas remonter l’information jusqu’au centre de la réflexion… ça entre par une oreille et ça ressort par l’autre.

YVES MONTAND ET LOUIS DE FUNES - LA FOLIE DES GRANDEURS

Peut-être a-t-il déjà oublié qu’il était le seul président de la Vème République a avoir été élu avec un score aussi faible au second tour de la présidentielle face au Front National ?

Si l’opposition est désunie, elle n’en reste pas moins majoritaire dans le pays, du coup appliquer sa politique de manière inflexible et sourde revient à faire un parcours du combattant semé d’embûches.

Si il a su les surmonter jusqu’à présent il ne semble pas se rendre que celle qui se dresse actuellement devant lui est particulièrement dangereuse… Du coup il prend de très grands risques en cherchant à passer par dessus sans précautions comme il le fait actuellement.

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Un peu comme ces dos d’âne de plus en plus hauts si bien que même à 10 km/h t’as l’impression de heurter un muret. 

Il espère instrumentaliser de toutes les manières possibles cette manifestation pour donner le sentiment qu’il est courageux, tenace et progressiste face aux méchants populistes.

Mais quand les populistes rassemblent 80 % de la population… ne peut-on pas alors, parler du peuple lui-même ?

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3 commentaires sur “Gilets jaunes : La récupération politique ne vient pas de là où on l’attend.

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