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Après une semaine de manifestation, ils commencent à rire jaune.

La manifestation des gilets jaunes a débuté le 17 novembre 2018, et le pays commence à comprendre que cette action a pour but de durer. Déterminés à ne pas lâcher, les manifestants de Tournon (07) et Tain (26), ainsi que ceux de toute la France, étaient encore aujourd’hui réunis pour faire valoir leurs revendications.

Alors que la France était appelée à se réunir à Paris ce samedi 24 novembre, les points de blocage ont tout de même été tenus dans le reste du pays.
Enfin, peut-on encore appeler cela des points de « blocage » lorsque les manifestants ne sont plus autorisés à bloquer la circulation ? En effet, on comprend rapidement que les actions du 17 ont beaucoup évolué.

La circulation a retrouvé sa fluidité. Et pour autant, la grogne est toujours présente. Mais les menaces « d’en haut » aussi.
Depuis ce jeudi, les manifestants de Tournon et les alentours se voient menacés par le préfet de l’Ardèche. S’ils continuent de bloquer la voie publique on leur promet jusqu’à 4500 euros d’amende, 2 ans de prison et 6 points en moins sur le permis de conduire.46495730_1328469633961885_8777219681778925568_o.jpg

Une autre solution, temporaire, a donc été trouvée. Traverser les rues fréquemment, pour continuer un filtrage de la circulation sans pour autant être responsables d’un « blocage » au sens premier. Temporaire pourquoi ? Là encore, des promesses ont été faites aux gilets jaunes ; si la situation continue, les amendes vont tomber (avec un montant minimum de 135 euros par personne) et une possibilité d’être emmené par la gendarmerie.

Pour répondre à cela, une initiative toujours pacifiste a été mise en place. Ainsi, pendant une journée, les gilets jaunes ont fait tomber leur gilet. Leur but ? Montrer qu’ils sont citoyens avant tout, et non plus seulement des gêneurs du quotidien.

Ce qui est le plus compliqué à comprendre aux yeux de la population, c’est que cette mobilisation nationale n’est pas là pour prendre les citoyens en otage. Et on voit que doucement, ce sentiment disparaît. Une manifestante témoigne :

« Nous ça reste sympathique, on ne bloque pas les gens, et ils nous le rendent bien »

En effet on s’en rend compte rapidement. A chaque point de rassemblement se trouve des tables, ou une petite estrade sur laquelle des denrées alimentaires sont disposée. Offerts par des citoyens qui partagent l’opinion des gilets jaune, on trouve des packs de soda, des bouteilles d’eau, des gâteaux, des bonbons, du saucisson, du pain et tout le nécessaire pour réchauffer le cœur et le corps des personnes sur place.

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Photo de Nina Bertrand – Facebook

La seule chose qui n’était pas présente ? L’alcool.
En effet la règle a été dite et appliquée ; interdiction de boire toute boisson alcoolisée sur place.

« On veut des gens avec l’esprit clair ».

Il ne faut surtout pas donner de raison aux médias de diffuser des incidents isolés en les faisant passer pour des généralités.

Les médias ? C’est un sujet sensible.
Lorsque l’on demande aux gilets jaunes ce qu’ils pensent des médias traditionnels et de la façon dont ils traitent le sujet des manifestants, les premiers mots qui ressortent sont la déception, le dégoût, la méfiance. Le sentiment principal, c’est que les données sont modifiées. En plus d’être invérifiables, elles sont erronées.

La seule chose que l’on ait vu aux informations aujourd’hui, ce 24 novembre, c’était des vidéos en continu des Champs Elysée, où les méchants manifestants mettaient le feu à de multiples barrages. Où les gaz lacrymos créaient des nuages denses et où les canons à eau étaient utilisés sans retenue sur les nombreux gilets jaunes.

Si cette image est la seule transmise par les médias, comment croire au fait que la manifestation nationale est pacifiste ? Les médias tentent de faire croire que ces personnes de tous âges et tous horizons se réunissent sous une étiquette anarchiste.

Ce qu’ils n’ont pas compris, c’est que le mouvement est tellement encré dans le quotidien des citoyens qu’on n’est pas dupes. On voit clair dans leur jeu, tellement il est mal dissimulé. On comprend qu’entre les casseurs et les gilets jaunes, il y a une différence.
Ça se voit à chaque mobilisation populaire, des gens sans rapport avec le mouvement se mêlent à la foule et en profitent pour faire régner le désordre.

Personnellement, j’ai passé trois heures au cœur des manifestants, sur différents points stratégiques, à échanger avec eux. Et à aucun moment les images montrées à la télé ne se sont matérialisées devant mes yeux. Bon enfant, les gilets jaunes à Tournon étaient de bonne humeur malgré le froid, la fatigue et la semaine passée.

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Photo de Heather Salles

Mais ils bénéficient aussi d’une protection. Contrairement à ce que l’on voit à la télé, les manifestants ne cherchent pas à « casser de la flicaille ». Au contraire, ils s’entraident. Protection et entraide sont les mots qui me viennent à l’esprit.
Les manifestants signalent aux gendarmes les individus au comportement dangereux, et ont cette présence rassurante. En échange, les gendarmes se voient offrir cafés et boissons chaudes. Une femme m’a même témoigné leur avoir offert une rose jaune, en signe d’amitié et de paix. Un moment qui, je pense, restera dans le cœur des individus présents ce jour-là.

L’image même des forces de l’ordre a changé. Décris auparavant comme des « pose PV », ou des ennemis de la route, ils sont désormais décrits comme « proches de la population ».

« Nous savons qu’ils ont des ordres et qu’ils doivent les respecter, surtout les non gradés. Mais on sait qu’ils nous soutiennent. »

Le soutien des français est aussi quelque chose de palpable. Les klaxons sont devenus la nouvelle hymne des rues, signe d’espoir et de soutien. Et ce n’est qu’en étant sur place que l’on réalise à quel point la population est unie dans ce « combat ». Sur place ou dans leurs voitures, ils arborent quasiment tous leur gilet jaune, symbole fort de révolte depuis une semaine. En moyenne, on remarque entre 6 à 7 voitures sur 10 qui arborent fièrement un gilet jaune.

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Quelles sont les raisons de cette révolte? Elles sont tellement nombreuses. Et pourtant l’état ne se concentre que sur l’augmentation du prix du carburant, réduisant le français moyen à un grincheux qui ne supporte pas de voir un achat quasi quotidien augmenter à plus de 20%.
Plusieurs fois, il a pourtant été dit que le prix de l’essence n’a été en soit que le déclencheur. Sans tous les problèmes déjà présents, cette taxe serait passée. Avec quelques difficultés, certes. Mais elle n’aurait pas fait tant de bruit.

Les manifestants dénoncent d’autres taxes et problèmes sociaux très peu mentionnés à la télé. Entre l’augmentation de la CSG, la baisse des APL, les mensonges gouvernementaux, la situation difficile de tout un chacun, « l’augmentation de tout » comme l’on m’a dit aujourd’hui.

Pourtant, après l’énervement premier qui a poussé le mouvement à émerger, ce qui exaspère désormais les français, c’est la façon qu’a le président de se moquer du peuple. Appeler le peuple moyen à se serrer la ceinture alors qu’il a permis aux personnes des catégories plus aisées de vivre dans un confort toujours grandissant. Dire qu’il comprend la colère du peuple alors qu’en même temps il assure que cela ne changera rien à sa décision.

C’est comme dire « à la fin de notre discours, nous vous laisserons proposer des idées, mais elles ne seront pas prises en compte étant donné qu’on a déjà tout prévu ».

Aujourd’hui, ce que le mouvement désire, c’est qu’un dialogue s’installe avec le gouvernement. Reste plus qu’à trouver les ou les personnes qui seront prête(s) à prendre en main la totalité du groupe afin de s’élever au rang de porte-parole.
Car même si l’on voit que dans chaque ville, quelques personnes se démarquent des autres, il n’y a personne à l’heure actuelle pour représenter cet élan du peuple. Aucun leader à qui donner la responsabilité d’un si grand nombre d’individus.

Ce qui est sûr à l’heure actuelle, c’est que le mouvement ne cèdera pas. « On lâche pas ». Je crois que c’est la phrase que j’ai entendu le plus souvent lors de mon enquête. Malgré tout, les citoyens sont déterminés à se faire entendre.
Autour de Tournon sur Rhone, des points de blocage tiennent un peu partout. Le Cheylard, Davézieux, Saint-Vallier, Lavilledieu, Saint-Jean de Muzol, Valence, etc.

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La mobilisation est forte et imperturbable. Sans pouvoir être sûre du compte (étant donné qu’ils se relaient et qu’ils bougent beaucoup) je pense avoir vu aujourd’hui entre 150 et 200 personnes mobilisées à Tournon sur Rhône.
Tant de personnes que je remercie pour leur présence et pour la motivation qu’ils ont. Je les remercie d’avoir répondu à mes questions, et d’avoir accordé une partie de leur temps à me faire comprendre l’ampleur du mouvement.

Ils m’ont demandé de reporter la vérité, j’espère leur avoir rendu hommage.  C’est le minimum que l’on peut faire, médias de tous horizons. Apporter la vérité.

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