Média

Le 3ème acte d’une révolte nationale

Déjà 15 jours que la France est bouleversée, et ça ne fait qu’empirer. D’un mouvement totalement pacifiste le 17 Novembre, on arrive aujourd’hui à un mouvement où se mêlent la colère et la violence du peuple. On en arrive à un point où on se demande comment le faire s’arrêter ?

Alors que tous les enfants attendaient ce jour pour pouvoir attaquer leur calendrier de l’avent, leurs parents eux, se préparaient à tout autre chose. Un mouvement est en marche, et non pas à la façon Macron ! Non, cette fois-ci, on tente bel et bien d’aller de l’avant.

Les français paraissent plus déterminés que jamais, ce 1er décembre, à se faire entendre et à avoir une réponse convenable. Et pourtant ? Toujours rien. Depuis l’Argentine, le président de la République fait comprendre que le comportement du peuple lui déplaît, et que donc il agira en conséquence. Toujours plus de fermeté, toujours plus de foutage de gueule, et toujours aussi peu de concessions.

« C’est de pire en pire, les gens sont de plus en plus en colère. » « Je ne sais pas où ça va mener, mais ça ne s’arrêtera pas. » « Au bout d’un moment ça va péter. » témoignent des manifestants ce jour critique. Certains même, comme un citoyen qui faisait un live sur YouTube (iXi Rider), déplorait le fait que malheureusement, pour que les rassemblements soient médiatisés, la présence de casseurs était nécessaire.

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Photo, l’Internaute

Et c’est vrai, on remarque très rapidement qu’en temps de crise, la France ne se réduit plus qu’à Paris ou à Calais (en cas de problèmes avec les migrants bien sûr). Très critiqués de ne pas parler suffisamment des rassemblements pacifiques dans le reste de la France, les chaînes d’information ont décidé de tenter une nouvelle stratégie.

Désormais, ils parlent aussi des autres points de rassemblement, mais ça ressemble beaucoup à ça ; « Sur les Champs-Elysées, y’a de la bagarre, méchant casseurs ! Bon, dans le reste de la France, il n’y a pas un seul problème, tout se passe bien les manifestants sont gentils mais chiants. Du coup, ce n’est pas vraiment intéressant. Non, on va continuer de parler des méchants casseurs qui ont osé taguer l’arc de Triomphe, et qui utilisent le mobilier urbain pour faire des gros feux et mettre la population en danger ! D’ailleurs ici y’a surtout des casseurs hein ! 3000 manifestants, dont au moins 1500 casseurs ! »

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Manifestants à Bordeaux, le 1er décembre 2018, Sud Ouest

C’en devient pathétique de regarder la télé ou d’écouter la radio, car on a réellement l’impression de perdre notre temps. On ne sait plus où trouver de la vraie information.

D’ailleurs on remarque vite que le discours est en contradiction avec les images. Invoquer le mot des « casseurs » ne fait que légitimer les violences policières. Sur les images BFM Tv on voit des manifestants, bras levés en signe de paix, se faire arroser par les canons à eau sans aucune raison. On voit des CRS charger les manifestants alors que ceux-ci ne semblent pas représenter un danger ni pour les force de l’ordre ni pour les personnes alentours.
On a réellement le sentiment que les forces de l’ordre cherchent à attiser les flammes et énerver les manifestants pour retourner la situation. Ainsi, on pourra enfin avoir des belles images de ces méchants manifestants qui attaquent les pauvres CRS.

Je ne prétends pas que les gilets jaunes sont des saints, loin de là. On voit des images de voitures brûlées, chose que l’on ne peut juger comme raisonnable. Mais le mouvement n’a pas le choix, après 15 jours de manifestation, de montrer qu’il est déterminé à franchir les frontières du raisonnable pour obtenir ce qu’il revendique.

Et puis on peut considérer que les médias n’ont toujours rien compris. Quand on voit qu’ils associent les manifestants qui ont des masques à gaz ou autres protections comme des personnes qui sont venus avec l’idée d’en découdre… A croire que l’humain est totalement con. Surtout le français. À aucun moment, ils ne se sont dit que ceux qui avaient des masques sont ceux qui ne veulent pas être gazés ?
Il faut tout de suite associer « accessoires de défense » à « intentions de violence ».

Entre les gaz lacrimo, les flash-ball, les coups de matraques et autres, je comprends que les manifestants se protègent.

Et pour en rajouter une couche, on a compris que ce samedi, les Champs-Elysées étaient ouverts aux manifestants par la grâce de notre ministre Castaner. Et pourtant, les médias ne rapportent qu’un petit chiffre de manifestants. Difficile à comprendre, quand on sait que samedi dernier, ils essayaient à tout prix d’atteindre ce point.
L’explication, on la trouve en regardant les live faits par les manifestants sur YouTube. (live de iXi Rider sur YouTube) On voit dans ce live, surtout vers la fin, que chaque artère menant aux Champs est bloquée par les CRS. Prétendument, ils sont là pour s’assurer que les manifestants ne sont pas armés.
La réalité est qu’ils régulent la population qui entre sur les Champs, ainsi, les médias ne parlent que des manifestants présent sur ce point stratégique, et non pas de tout le reste de Paris (à l’exception de l’arc de Triomphe, que les manifestants ont pris un malin plaisir à dégrader. Après tout, c’est les impôts qui paieront les réparations.)

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Photo Yann Castanier pour Liberation

Si je dois blâmer le mouvement des gilets jaunes, ce sera pour une seule chose. Il réclame un dialogue entre le peuple et le gouvernement, mais est incapable de choisir un ou des représentants pour assurer cette fonction. Dans sa volonté de n’être associé à aucun parti politique ni syndicat, le mouvement perd en organisation et rejette chaque personnalité qui se détache du mouvement pour tenter d’en prendre la tête.

Alors on peut se poser la question ; le mouvement est-il en train de s’enliser dans sa propre stratégie ?
Entre le manque d’organisation, la liste de revendications qui s’allonge de jour en jour et la colère qui se matérialise de plus en plus en violence, comment va-t-il arriver à ses fins ? Quelles sont ses fins ?

Selon Mélenchon, trois options sont possibles.

  1. La première, le gouvernement espère que la population va finir par se fatiguer. Chose facile à imaginer, avec le froid et le fait que la plupart des manifestants mettent leur vie (professionnelle et personnelle) de côté pour pouvoir être présent jour après jour. Mais en même temps, le mouvement est assez ample pour que les citoyens se relaient.
  2. La deuxième, le gouvernement va finir par donner satisfaction aux revendications. Là, c’est possible, mais plus difficile à imaginer. Quand on voit que le président se cache en Argentine, et y fait un discours où il rit au nez du français moyen, on l’imagine mal changer d’avis. Après, il y a toujours espoir ; il n’y a que les cons qui ne changent jamais d’avis.
  3. La dernière, personne ne va céder, ni d’un côté, ni de l’autre. « Je crains qu’il veuille jouer le pourrissement » dit-il. Ce serait en effet bien dommage, car tout le monde y est perdant, et on verrait les violence se décupler au quotidien pour attendre un niveau de guerre civile.
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Photo de Alain Jocard, pour France bleu

Pour le moment, difficile de dire de quoi sera fait l’avenir. Les manifestants paraissent prêts à rester 1 semaine de plus, et après celle-là, une de plus et ainsi de suite. Ils paraissent fatigués, mais prêts à continuer. Arrêter maintenant signifierait que même la révolte populaire est inutile. Cela signifierait donc que la démocratie n’est plus, et alors c’est la porte ouverte au champ des possibles.

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