Politique

Mélenchon, prend-il ses désirs pour des réalités ?

Lundi dernier, le président se lançait dans une nouvelle élocution pour tenter d’endiguer le mouvement des Gilets Jaunes. Au cours de son discours, plusieurs propositions concrètes mises sur la table comme l’augmentation du smic, la prime défiscalisée et l’exonération des heures supplémentaires.

Si on entre dans le détail, en réalité le gouvernement ne lâche rien… ou si peu. Il se contente d’avancer sur le calendrier en promettant des choses « populaires » qui vont arriver dès le premier janvier plutôt que de les étaler sur l’ensemble du mandat ; autant dire que ça promet pour les trois prochaines années de gouvernance puisqu’il ne reste plus grand chose d’alléchant dans le programme présidentiel.

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Un peu comme quand tu ouvres ton frigo et tu constates qu’il y a eu une razzia sur le pack et qu’il ne reste plus que ceux à l’abricot et à la pêche que personne n’aime.

Suite à cette élocution, Jean-Luc Mélenchon a très vite réagi en s’exprimant à son tour pour répondre au président, et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il exagère quelque peu.

Une révolution fantasmée[…]

Quand il évoque le mouvement des Gilets Jaunes, Jean-Luc Mélenchon n’hésite pas à employer des termes forts comme « l’insurrection citoyenne qu’on ne saurait acheter avec une distribution de monnaie ».

Il est vrai qu’au sein des Gilets Jaunes il y a des radicaux qui ont clairement flairé l’esbroufe et qui ne vont certainement pas déposer leur gilet de si tôt tant la duperie est grande.

Mais il ne faut pas oublier que le mouvement des Gilets Jaunes est avant tout un conglomérat de colères hétérogène, poussé par des motivations diverses et variées… Des gens qui se retrouvent ensemble pour défendre des intérêts qu’ils n’ont pas toujours en commun.

Macron l’a bien compris en choisissant de donner une tournure sarkozystes à ses annonces : peu à peu on a vu Les Républicains se désolidariser du mouvement sur les plateaux de télévisions, en même temps qu’on a assisté a une baisse flagrante du soutien aux gilets jaunes dans les sondages.

Les Gilets Jaunes se revendiquent apolitiques mais dans le fond ça ne les empêche pas d’avoir chacun une idéologie politique et le spectre du pays n’a foncièrement pas changé.

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Résultats au premier tour de l’élection présidentielle de 2017

Au fond, Emmanuel Macron s’est contenté de renouer avec une droite qu’il avait perdue en chemin à cause d’un excès de taxes.

Une droite qui prône le mérite et se refuse à taxer les riches en se contentant du bon vieux « travailler plus pour gagner plus », entretenant l’idée au fond qu’un pauvre est avant tout un fainéant méritant son sort funeste.

On est loin de la volonté révolutionnaire mise en avant par Jean-Luc Mélenchon, tout au mieux une alliance providentielle permettant un coup de projecteur sur nombre d’exaspérations de la gauche depuis des décennies.

[…]mais une colère justifiée.

SI l’on peut reprocher à Jean-Luc Mélenchon de faire un transfert sur les gilets jaunes de ses propres aspirations révolutionnaires ; en revanche on ne peut lui reprocher son discours très critique à l’égard de l’allocution du président de la république.

D’abord, le leader de la France Insoumise s’insurge contre un président qui « gronde le peuple » pour les violences… et c’est vrai que cette tendance de l’exécutif à se poser en donneur de leçon commence vraiment à agacer.

Emmanuel Macron rejoue sa partition sur une pseudo-récupération politique, une colère qui serait orchestrée par les leaders de l’opposition mais, au bout d’un moment :

ON A LE DROIT DE TROUVER QUE TA POLITIQUE C’EST DE LA MERDE !

Pfiouuu… non mais c’est vrai quoi… les gens qui manifestent dans la rue n’ont pas nécessairement attendu l’appel de Nicolas Dupont-Aignan ou autre pour trouver injuste la politique actuellement menée.

Ok, c’est vrai qu’on voit beaucoup des responsables politiques venir sur les plateaux en tenant des propos proches de ceux des gilets jaunes… mais en même temps, ils représentent des partis d’opposition ! 

Par définition ils incarnent une ligne politique qui s’oppose à celle de la majorité, c’est donc finalement assez logique que lorsque 75 % de la population exprime un mécontentement avec la politique menée, alors on trouve les responsables  d’opposition venant critiquer la politique menée.

Si l’on suit le raisonnement de Macron, alors les gens l’aiment mais ne s’en rendent pas compte… et les opposants politiques n’ont le droit de s’opposer que sur les sujets faisant consensus dans la population : belle vision de la démocratie.

Rappelons une bonne fois pour toute que la récupération politique c’est le fait de s’emparer d’un fait divers pour l’exploiter politiquement, un peu comme quand la garde des sceaux explique qu’un mouvement social doit prendre fin sous prétexte qu’il y a un attentat terroriste.

Et donc, en 2022 si il y a un autre attentat terroriste, que fait-on des élections ?

Le fait qu’un responsable politique répète qu’il faille remettent l’ISF quand des manifestants se mettent à réclamer le retour de l’ISF : ce n’est pas de la récupération mais du bon sens.

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« – Je veux le rétablissement de l’ISF                                                                                                                    – Moi aussi, vous faites de la récupération politique                                                                                       – Oui mais c’est moi qui l’ait dit en premier, du coup c’est vous qui faites de la récupération !             – euhhh Chifoumi ? »                                                                                                                                        

Ensuite, Jean-Luc Mélenchon dénonce des mesures présidentielles qui excluent une part non négligeable de la population… et là encore il a raison !

Comme nous le rappelions plus haut, le président ne cherche pas à résoudre la crise qui traverse le pays, tout au mieux il cherche à diviser les Gilets Jaunes afin de gagner un répit.

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« Balancer un peu de monnaie sur les Gilets Jaunes et croiser les doigts qu’ils s’entretuent ! Hop une crise de résolue. » 

Il donne de quoi satisfaire les uns pour affaiblir les autres montrant ainsi qu’il n’a pas entendu le cri de détresse émanant de la population.

Le problème de Macron n’est pas la misère, mais le fait qu’elle s’exprime…

Jean-Luc Mélenchon soulève également le fait qu’aucun effort n’est demandé aux plus fortunés dans ce pays, pourtant cette demande de justice sociale faisait partie des revendications des Gilets Jaunes !

On s’accroche à l’ISF, on demande aux entreprises d’offrir une prime – si elles le veulent – et on fait de vagues promesses sur la lutte contre l’évasion fiscal sans sortir la moindre esquisse d’un projet tangible.

Une image de concept montrant un billet de deux cents rand utilisé comme appât attaché à un hameçon triple et la ligne de pêche sur un fond blanc Banque d'images - 29953481
Prototype expérimental pour lutter contre l’évasion fiscal.

On est donc en droit de penser que tôt ou tard, les français payeront le prix de ces pseudo-concessions… or le problème majeur aujourd’hui, c’est bien l’accroissement des richesses d’une minorité qui se fait au détriment d’une majorité se partageant une part du gâteau toujours plus mince.

Éviter l’emballement

Jean-Luc Mélenchon peut se réjouir de voir un tel mouvement de contestation à l’égard du président en place, sans doute est-il conforté dans ses idées et n’en déplaise à ceux qui crient « récupération » à tout va, il peut légitimement critiquer le pouvoir en place au motif que les revendications jaunes rejoignent en partie son programme.

Mais attention toutefois à ne sombrer dans la facilité en partant du principe qu’il aurait déjà gagné et en annonçant trop vite une révolution citoyenne.

Attention à ne pas retomber dans l’écueil de 2017, où le leader de la France Insoumise a perdu en crédibilité lorsqu’il appelait en vain les français dans la rue pour un coup d’état social qui finit par être tourné au ridicule.

La déception de Mélenchon risque d’être grande si le mouvement des Gilets Jaunes venait à s’éteindre ce qui est loin d’être exclu.

Cela ne veut pas dire que le peuple soutient Macron, que le sentiment d’injustice a disparu ou que les français sont satisfaits de la situation actuelle.

Mais il faut arrêter de vouloir rejouer 1789 ou mai 68 à chaque fois qu’une colère un peu forte s’exprime dans la rue.

Les voleurs ne sont pas parvenus à arracher le DAB, malgré tous leurs efforts. Le DL/S.P.
REVOLUTION !!!!!!!

En tant que responsable politique, charge à Mélenchon de comprendre les raisons qui font qu’il y a une telle défiance aujourd’hui entre lui et les Gilets Jaunes, charge à lui de trouver les solutions afin de rassembler plus largement comme il a su le faire pendant la campagne de 2017.

Car là, à moins que les Gilets Jaunes prennent l’Elysée ce samedi (peu probable), on ne retiendra du leader de la France Insoumise que sa propension à faire des analyses erratiques exagérées.

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